OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 L’oeuvre médiatique du 11 septembre http://owni.fr/2011/09/07/loeuvre-mediatique-du-11-septembre/ http://owni.fr/2011/09/07/loeuvre-mediatique-du-11-septembre/#comments Wed, 07 Sep 2011 11:05:23 +0000 André Gunthert http://owni.fr/?p=78420 La question revient sans cesse. Comment nous débrouillons-nous avec les milliers d’images auxquelles nous sommes exposés en permanence ? La réponse est simple. L’image n’arrive pas seule, mais accompagnée d’une indication d’échelle qui – par sa taille, sa répétition ou d’autres facteurs de valorisation – situe son importance relative dans la hiérarchie de l’information. Cette indication d’échelle, sans laquelle il nous serait bien difficile de nous orienter dans le paysage médiatique, passe habituellement inaperçue. Elle est pourtant décisive : nous jugeons important ce qu’on nous dit qui est important.

Dès le 11 septembre 2001, les images de l’attentat new-yorkais ont été dotées de la valeur d’information maximale. Retransmises en direct, puis indéfiniment reprises, multidiffusées, commentées, republiées, elles ont été elles-mêmes l’instrument de la construction de leur signification, par un effet de saturation sans précédent de tous les canaux informationnels. Catastrophe bien réelle, 9/11 est aussi, indissociablement, une œuvre médiatique.

Un vieux fantasme

La figure de l’événement partagé en direct par la population à travers la médiation du petit écran est un vieux fantasme des médias, dont on trouve de nombreux exemples au cinéma. Dans Le Jour où la Terre s’arrêta (Robert Wise, 1951), l’arrivée d’une soucoupe volante voit sa construction événementielle se réaliser en temps réel par la retransmission télévisée.

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L’apparente magie de cette conjonction suppose la mobilisation d’un dispositif complexe, dissimulé par l’illusion d’immédiateté – au minimum la mise en réseau du public et la disponibilité des moyens audiovisuels au moment adéquat. En dehors d’événements programmés, cette figure s’avère difficile à mettre en œuvre. L’évenement ne se laisse pas capturer si facilement : il faudra attendre l’assassinat de Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, pour qu’elle rencontre sa première incarnation télévisée.

Celle-ci est bien différente de la fiction. Nulle image des coups de feu – que les caméras de télévision n’ont pas enregistrés – n’est alors diffusée. L’événement que les Américains partagent en direct n’est pas le meurtre, mais la gestion télévisuelle de son après-coup, entre images insignifiantes et commentaires hésitants, jusqu’à la manifestation visible de l’émotion du journaliste Walter Kronkite, qui ne peut empêcher sa voix de trembler – rupture du code qui témoigne de son caractère exceptionnel.

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L’association du direct et d’une large diffusion a favorisé le développement d’une véritable fonction sociale des médias de flux que sont la radio et de la télévision. On mésestime cette capacité du média à mettre en scène et à faire partager ce qui est désigné comme le lot commun. La rentrée des classes, les soldes, les embouteillages des départs en vacances ou l’arrivée de la neige font partie de ces événements qu’on appelle “marronniers”, et qui devraient plutôt être interprétés comme l’élévation au rang de rituel par la “messe” du 20h de ces régularités communautaires qui scandent la vie du plus grand nombre. Le rêve de la télévision est de faire vibrer tous ses spectateurs à l’unisson du même spectacle.

Communion hertzienne

Cette figure de la communion hertzienne n’avait pu s’accomplir dans l’épiphanie du direct que dans une poignée de situations soigneusement organisées : déclarations politiques, mariages royaux, rencontres sportives, sans oublier les premiers pas sur la Lune.

Construction événementielle en temps réel, le 11 septembre participe des rares occurrences qui surprennent le dispositif. Revoir les premières minutes de ce que personne ne sait encore être un attentat permet de comprendre la mise en place de ce mécanisme. Avant même son identification comme attaque terroriste ou son attribution à Ben Laden, la collision d’un avion avec le plus célèbre immeuble de Manhattan est déjà perçue comme un “désastre” et située à un degré élevé dans la hiérarchie de l’information – assez pour mobiliser ses formes de présentation les plus dramatiques. La suspension des programmes par le système des Breaking News, le bandeau de qualification et le commentaire live, qui partage la recherche d’informations en aménageant l’attente de leur confirmation, sont les codes qui ont pour fonction de mettre en scène la confrontation directe avec l’événement.

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Il faut un haut niveau de technicité et de professionalisme pour conférer une forme cohérente à cette improvisation en temps réel, qui donne à chaque téléspectateur l’impression de partager l’événement au moment même où il se produit, comme s’il était assis dans le fauteuil du présentateur. Tout ce qui va arriver ensuite – encastrement du deuxième avion, saut dans le vide des victimes, effondrement des tours – était bel et bien imprévu : le scénario rêvé d’un crescendo évenementiel devant les caméras va s’accomplir comme un cauchemar.

Autant qu’au piège de feu des tours jumelles, l’Occident a été pris au piège de sa machine médiatique. Impeccablement huilé, le dispositif qui attendait de longue date de croquer le fait divers s’est fait happer par le 11 septembre. Brèche béante dans le temps télévisuel, la Breaking News ne s’arrêtera plus, s’étirant sur plus de 24 heures, rediffusant sans trève, comme le but d’un match de foot, au ralenti, en gros plan, les scènes les plus spectaculaires de la catastrophe, enfonçant pour toujours dans notre imaginaire ces minutes insoutenables.

Autant que les morts, les blessés, les tours effondrées, le spectacle du 11 septembre a participé du traumatisme infligé aux Etats-Unis. Au moment où l’Occident s’apprête à déclencher une nouvelle fois le Replay de la catastrophe, il est utile de se souvenir que cette blessure n’a pas été infligée par un membre d’Al Quaida, mais par notre propre dispositif journalistique.


Article initialement publié sous le titre “Replay 9/11″ sur L’Atelier des icônes

Crédits photo Flickr CC : by Robert Couse-Baker

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Une #nuitsujet hack corps perdu http://owni.fr/2011/06/09/radio-nova-nuit-sujet-hack-corps-perdu/ http://owni.fr/2011/06/09/radio-nova-nuit-sujet-hack-corps-perdu/#comments Thu, 09 Jun 2011 11:17:55 +0000 Mathilde Serrell (Radio Nova) et Ophelia Noor (Owni) http://owni.fr/?p=66715 C’est comme ça qu’on se donne à la #nuitsujet… 6 heures de radio augmentée où la planète NOVA et la soucoupe OWNI.FR s’hybrident.

Pour cette deuxième édition, après « Dégage ! » et ses soulèvements démocratiques 2.0, nous avions choisi « Hack ! ». Un mot d’ordre idéal pour une émission mutante. Au menu, piratages et bidouillages, des bateaux somaliens aux labos post-humains.

Quelques jours après l’expérience, l’« éthylotweet » est retombé à zéro, mais ça frime sévère : #nuitsujet en tête des discussions sur Twitter en France pendant 12 heures ! 9ème « topic » mondial ! Eh ouais mec.

Sur la route du hack

Post-radio oblige, le studio se décloisonne : en interface totale avec le réseau, mais aussi connecté IRL à la verrière de Nova. Pour l’occasion elle s’était transformée à la fois mini forum et en nano hacker space ! On y a vu des bidouilleurs d’imprimante 3D, mais aussi Slim Amamou, blogueur star de la révolution tunisienne. Démissionnaire de son poste de secrétaire d’état à la jeunesse, il a accordé ce soir là un entretien exclusif à OWNI dans lequel il s’explique sur les raisons de son départ et pointe du doigt les services de sécurités tunisiens.

En 6 heures de navigation sur les routes du piratage, nous avons circulé parmi les hommes et les utopies. Les monnaies libres, les prémices d’un monde sans Copyright, les pirates de l’État, les États pirates aussi – spéciale dédicace à la Chine où les comptes Gmail de dissidents viennent d’être piratés!- On a parlé à des fantômes du piratage urbain, et même à des gens qui les avaient rencontrés…

by Fano Loco /-)

Les pirates d’aujourd’hui ouvrent le bal dès 20h00 avec un retour sur l’e-G8 de Sarkozy par Andréa Fradin. Absence de la société civile, internet sécuritaire et civilisé, séance mémorable sur la proprieté intellectuelle avec JP Barlow. L’eG8 sera hacké par une conférence de presse de la société civile dès le deuxième jour. Sous la veranda, on brainstorm avec Paul Moreira, Quentin Noirfalisse et Etienne Rouillon :  Qu’est-ce que le piratage aujourd’hui ?

Nuit Sujet Hack #1 – Les pirates d’aujourd’hui by OWNI


by Fano Loco /-)

On enchaîne avec Piraterie et Politique, et en studio Sylvain Lapoix sur les pirates précurseurs en politique. Et les élections ? Bruno Fuligni, auteur de “Votez fou” nous raconte le piratage des scrutins par de fantasques candidats. On court à nouveau vers les canapés de la verrière pour un brainstorm sur les états pirates et les états piratés, avec Aline Kremer pour la Russie, Olivier Tesquet sur les whistleblowers et Sébastien Thoën d’Action Discrète (Canal +)

Nuit Sujet Hack #2 – Piraterie & Politique by OWNI


Economie et pirateries… il est déjà 22h00. Zoupic prend une grande respiration et se lance sur le thème “monnaies libres, libres des monnaies”. Comment augmenter le partage et la répartition des richesses ? Après un retour sur l’histoire des monnaies, on passe en revue les alternatives :  le bekshare à San Fransisco, la luciole, le Sol violette, le WIR, etc. Et sur le net, les bitcoins, ripple et autres superfluid. Avant le brainstorm, Jean-Marc Manach nous régale d’une chronique sur les hackers et la DST.

Et le brainstorm ? Capitalisme et piraterie, rien que ça ! C’est Jean-Philippe Vergne qui s’y colle, co-auteur de l’organisation pirate, avec Antoine Champagne, créateur du site Kitetoa.com et Lionel Maurel alias Calimaq, juriste spécialisé dans les questions de propriété intellectuelle.

monnaies alternatives par Philippe Couve /-)

Nuit Sujet hack #3 – Hacker le capitalisme by OWNI

by t0ad /-)

Pirateries et droit d’auteur à 23h00… Des brevets scientifiques au biohacking, Florient Latrive, journaliste à Libération, ouvre le bal par téléphone, sur le thème des brevets pharmaceutiques : quelles conséquences dans les pays du Nord et ceux du Sud ? Que se passera-t-il demain avec les brevets sur les gènes ? Quelles sont les alternatives possibles ? Limitation des brevets, open drugs, financements publics…

Les pieds dans le gazon, assis confortablement sur les sofas, on brainstorm sur la culture de la piraterie, du copiage et du remix : Vincent Castaignet du groupe musique Cap Digital, Francis Gosselin, chercheur en économie et Calimaq.

Nuit Sujet Hack #4 – Piraterie et droit d’auteur by OWNI


by t0ad /-)

Minuit sonne sous la verrière de Radio Nova… Let’s go Hack IRL ! In-Real-Life ! Le Hacking citoyen, Geoffrey Dorne en a fait son projet de fin d’études à l’ENSAD. Chercheur en design et collaborateur, entre autre, d’Owni.fr avec sa chronique Vendredi c’est graphism, il explique comment le citoyen peut aller “à l’encontre de la surveillance accrue et pouvoir ainsi, recouvrer certaines libertés et certains droits menacés par l’État.” Le contenu de la box ? Découvrez-le sur Graphism.fr !

Et hop on file sur les canapés pour un brainstorm sur les piratages urbains avec Samira Ouardi et Stéphanie Lemoine, Ophelia Noor sur la galerie souterraine de New-York, Underbelly Project et Lazar Kunstmann porte parole de l’UX, Urban Experiment.

Nuit Sujet Hack #5 – Le Hacking IRL by OWNI


Stéphanie Lemoine, Samira Ouardi et Julien Goetz, sous la verrière, session brainstorm piratages urbains

Les hacks de demain, comme celui du cerveau…. Rémi Sussan, journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies et Guillaume Dumas, chercheur en interaction sociale sur l’hyperscanning, une technique d’imagerie cérébrale permettant d’enregistrer deux cerveaux simultanément, sont dans le studio. Décollez vos neurones avec le mp3 de la séance car on enchaîne avec une séance DIY (do it yourself) de sextoys, fabriqués par Laura, en 5ème année aux beaux-arts et interviewée par Sabine Blanc, pendant le festival du HackerSpace de Toulouse.  Bientôt deux heures du matin, il est temps de hacker l’humain, pour un brainstorm enlevé avec Pierre Cattan de Cinquième étage productions et Aurélien Fache, développeur Ownien !

Nuit Sujet Hack #6 – les hacks de demain by OWNI

clôture de la nuit sujet sur un rap de Giulo

Terminons sur ces mots de Julien Goetz :

Hacker, c’est sans doute aussi une volonté de se réapproprier ce que l’on estime libre, ouvert, accessible à tous, “piller le pilleur” comme l’affirmaient certains capitaines de vaisseaux. Une façon de bidouiller le système pour rééquilibrer les forces, de promouvoir le partage, d’ouvrir des champs de recherches insoupçonnés, de créer des usages insoupçonnables, de hisser l’échange en étendard et de stimuler la créativité à tout prix sauf celui de vente. Tout se pirate et nous sommes tous pirates.

Stay tuned /-)


Retrouvez la Une de la première nuit-sujet “Dégage!”

L’application de la nuit sujet #2 Hack

Design de l’application by Loguy et développée par Pierre Romera
Dessins de t0ad et Fano Loco
Photos d’Ophelia Noor, Pierre Alonso et Philippe Couve

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OWNI+NOVA=Nuit Sujet #2: Hack! http://owni.fr/2011/05/16/owninovanuit-sujet-2-hack-radio-pirate/ http://owni.fr/2011/05/16/owninovanuit-sujet-2-hack-radio-pirate/#comments Mon, 16 May 2011 06:30:51 +0000 Julien Goetz http://owni.fr/?p=62505 10 mai 1981 : François Mitterrand accède à la présidence de la République avec dans ses valises une série de réformes des médias. Côté radios, certaines vont passer de “pirates” à “libres”. Tiens donc, 30 ans que les flibustiers des ondes sont rentrés dans le cadre légal. Un prétexte comme un autre pour aborder une notion à visage multiple : la piraterie.

Savoir si quelqu’un ou non doit être qualifié de pirate est une question dont la réponse appartient à celui qui a le pouvoir

En une phrase à peine, on sent que ce n’est pas gagné et que là, pour le coup, si on veut vraiment parler de “culture” pirate, si on se pose deux secondes la question, alors on sent vite l’avalanche de pistes, de sujets, d’interrogations…

Six heures pour causer hack, piraterie et autres flibusteries, ce sera un minimum. Le temps qu’OWNI et Nova filent dans un recoin sombre – tel un Clark Kent foutraque hybridé – et reviennent fusionnés en “Nuit Sujet”, ça sera l’opus n°2 : “Hack!” parce qu’après “Dégage!” fallait que ça claque !

Qu’y a-t-il de commun entre l’image d’Épinal du drapeau noir à tête de mort flottant au large et l’ado qui récupère films, jeux ou mp3 en peer-to-peer ? Qu’est-ce qui lie le pirate agissant au large de la  Somalie au hacker qui se joue des secrets du réseau ? Qu’est-ce qui rapproche l’exil de capitaux dans les paradis fiscaux et des allumés qui ont décidé que défendre “l’abrogation des lois de la pesanteur préjudiciables aux buveurs” lors d’une élection présidentielle ?

Chic, on Hack !

Tous détournent, piratent, hackent, bidouillent, s’immiscent volontairement ou non dans les interstices de la légalité, voire carrément en dehors. Ils cherchent l’autrement, (re)créent d’autres espaces, investissent ceux délaissés. La piraterie c’est un territoire : maritime au XVIième siècle, liquide comme les flux numériques aujourd’hui et encore indéfini pour demain, en perpétuel mouvement, toujours protéiforme.

Hacker, c’est sans doute aussi une volonté de se réapproprier ce que l’on estime libre, ouvert, accessible à tous, “piller le pilleur” comme l’affirmaient certains capitaines de vaisseaux. Une façon de bidouiller le système pour rééquilibrer les forces, de promouvoir le partage, d’ouvrir des champs de recherches insoupçonnés, de créer des usages insoupçonnables, de hisser l’échange en étendard et de stimuler la créativité à tout prix sauf celui de vente. “Du bon usage de la piraterie” comme l’écrit Florent Latrive…

Tout se pirate et nous sommes tous pirates. Du coup autant en causer ensemble.

Avec un pareil sujet, on a plus que nécessaire pour remplir une antenne, on a même de quoi déborder dans une web-application dédiée revue et corrigée sur laquelle vous pourrez commencer à échanger en amont de l’émission, pendant et après.

On parlera de hack politique, économique, culturel, IRL, biologique. On évoquera flibustiers, DIY, monnaies libres, détournement d’objets, arduino, street art, propriété intellecutelle et droits d’auteurs. Un gros mashup de possibles, un fourre-tout de contre-culture qui devrait poser pas mal de questions et peut-être dessiner quelques réponses.

Alors c’est reparti pour 360 minutes d’antenne, une révolution, encore une.

Rendez-vous de vive voix, le 30 mai, 20h.

Et dès maintenant sur la web-application dédiée

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Retrouvez les 6 heures d’antennes de la Nuit Sujet #1 : Dégage !

L’implication des réseaux sociaux dans les révolutions du Maghreb

La communication et le marketing  des révolutions

Les expériences web comme outil de lutte, ailleurs dans le monde

La prédiction des révolutions par l’open-data

Le potentiel révolutionnaire du web français

Le web est-il un outil de la démocratie ?

La Nuit Sujet #1 en images

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Et la webapp de ce numéro #1

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OWNI – NOVA, retour sur une première nuit d’amour http://owni.fr/2011/03/25/owni-nova-retour-sur-une-premiere-nuit-damour/ http://owni.fr/2011/03/25/owni-nova-retour-sur-une-premiere-nuit-damour/#comments Fri, 25 Mar 2011 13:08:22 +0000 Mathilde Serrell (Radio Nova) http://owni.fr/?p=53386

Une soucoupe, une étoile, une nuit, un sujet « Dégage ! ». Après 6 heures de copulation radiophonique et numérique, il fallait la voir la team hybride de Nova et OWNI, bras dessus bras dessous, heureuse comme dans une pub pour de la purée. À 2 heures, personne ne se quitte, tout le monde s’embrasse.

Avant la fièvre, la première poussée de laptops a eu lieu vers 14 heures. Julien et Romain débarquent de leur soucoupe. Dernières vérifications : allô l’Algérie, le Yémen, la Tunisie, Macao, le Canada. Ce soir le Nova studio deviendra tentaculaire, connecté au monde, au cyberespace et même à notre verrière. A 19 heures, deuxième poussée de laptops. Les murs fleurissent de listes comme dans un appartement en colloc’, avec des mots qui échappent parfois aux autochtones : « STORIFY » ; « Ce soir, on va hacker nos deux sites ! – Ah ouais ? »…

C’est vrai, avant 20 heures Novaplanet.com et OWNI.fr formaient une web application rouge vif avec un poing levé qui crie dans un player « Dégage ! ». Pour cette #nuitsujet, honneur au mouvement global de « dégagisation » et aux nouveaux outils, ceux du réseau. On ne le sait pas encore, mais la #nuitsujet a une chance de côtoyer le podium des « trending topics »… L’édition 2011 de X Factor d’un côté, des débats sur « la mise en réseau du monde » de l’autre, qui l’eût cru ?

Lancement de la machine mutante

À 20 heures Julien, Romain, et moi lançons la machine mutante, les premiers débats, et un sondage  pour déterminer humblement le prochain régime susceptible de tomber. 21,1%, pour le Yémen, la Syrie et l’Algérie autour de 9%, 47,19% pour la France !

Dans le studio, le printemps est révolutionnaire. En direct de Tunis, Guillaume Dasquié nous offre les premiers éléments d’une enquête « tunileaksienne ». Des documents mettent cause la banque et la grande distribution française.

Très vite, les mots sont sortis de leurs valises, et les idées toutes défaites. Facebook ne fait pas la révolution, mais l’humanise… On ne « coupe » pas Internet, non madame. Être coupé d’Internet en revanche ça arrive. Mais le téléphone, les modems 56K et la solidarité numérique l’ont montré en Égypte : le réseau ne meurt jamais – J’ai une pensée pour ma mère qui parle pas le geek, pourtant, de l’autre côté du poste, je sais qu’elle arrive à suivre -

Ça continue. Il y a une fille, prix Albert Londres et belle comme pas permis, qui nous parle des « révolutions.com ». Orange ou Tulipe, dans l’ex Union Soviétique, les soulèvements étaient déjà markétés. Ailleurs en Afrique, on nous précise que le changement n’est pas venu du Net mais des mobiles. Et le saviez-vous ? Les Touaregs balancent grave sur le réseau…

C’est fait : nous faisons partis des trois sujets en tête sur Twitter. tOad nous dessine en direct sur le fil de la #nuitsujet. Paraît même que Julien et moi avons été « gifés » (la consécration). Pour fêter ça je promets un bout de chair à la webcam (vaguement).

Place aux « data ». La diffusion des données, leur partage, et les interfaces qui sont proposées nous projettent dans le futur autant que dans les 90’s. C’est le début d’une nouvelle transparence, de la « surveillance des surveillants ». Comme au début du Net, nous découvrons un nouvel accès à l’information qui sera tout naturel pour nous dans quelques années, au pays des individus « augmentés ».

Sur les coups de minuit, deux invités surprise ont hacké l’émission : le père Pétain, @petain_officiel et Charles de Gaulle, @charlesdegaulle ou @cdg.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Une nouvelle route semée de LOL. Mais après tout, la révolte viendra peut-être des chats. La question est abordée par celui qu’on surnommera le « lolomètre », Vincent Glad. Quitte à barabariser notre vocabulaire, nous parlons phénomènes « réLOLutionnaires » et mise en abyme du fail…

Plus qu’une heure. Un nuage punk traverse notre esprit comme un « panache radioactif » : et si on faisait n’importe quoi ? Bientôt à l’autre bout de la ligne il y aura Evgeny Morozov « If you’ve never heard of #morozov, it’s that you live in a bunker #nuitsujet ». I’ve broken my English pour évacuer la pression. Au téléphone, Morozov va répondre à Francis Pisani en Skype, et Dominique Cardon en studio. Apothéose, bouquet final. Le débat s’annonce plus que précis sur le réseau, et l’impact des nouveaux outils de communication dans les phénomènes de dégagisation. Bataille de traduction instantanée pour l’équipe d’OWNI qui parvient à maintenir cette discussion multi-source !

Point (d’)org : un au revoir en forme de générique de fin, en commençant par ceux qui ont aidé au bar. Vive la radio « 2grammes0 » ! « Clichallujah !! ». Il faut qu’on recommence. Le nucléaire, chiche ?

Image AttributionNoncommercialShare Alike phil_couve
Gif animé par @cuisineanxious a.k.a Simon Decreuze /-)

Merci à : Antoine, Guillaume, Armel, Missou, Giulio, Julien,  Rania, Thibaut, Marion, Jankev, Kim, Hadja, Arnaud, Etienne, Nadine, Cricri, la plus belle Eve, Tom, Pirhoo, Loguy, JA et toute la dreamTeam. Et nos patrons Bruno, Marc et Nicolas !

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L’avenir de la radio se joue aussi sur le net http://owni.fr/2011/03/18/l-avenir-de-la-radio-se-joue-aussi-sur-le-net/ http://owni.fr/2011/03/18/l-avenir-de-la-radio-se-joue-aussi-sur-le-net/#comments Fri, 18 Mar 2011 13:30:45 +0000 Jean Charles Verhaeghe http://owni.fr/?p=51980 Médiamétrie a sorti, ce 15 mars en conférence de presse, ses chiffres 2010 de l’année Internet qui montrent une montée en puissance de la radio en ligne.

Sur l’année, les sites Internet des radios ont enregistré 34% d’augmentation d’audience.

expliquaient ce mardi 15 mars les responsables de Médiamétrie aux journalistes venus entendre leur synthèse sur l’année Internet 2010. Mieux : selon  l’institut, les internautes font montre d’un gros appétit pour les contenus audio. Il enregistre ainsi une explosion des téléchargements de podcasts radio en décembre 2010 par rapport à l’année précédente : 14 millions, soit 26.5% d’augmentation.

Notons que ces tendances sont identiques partout dans le monde. Aux Etats-Unis, l’excellent site Inside Radio révèle dans sa newsletter du 14 mars que depuis juillet, l’audience de la radio sur Internet a bondi de plus de 28% chez l’oncle Sam, qu’il s’agisse des hertziennes ou de pure-players comme Pandora (nous reviendrons sur le passionnant détail de cette newsletter dans un prochain billet).

15 millions de mobinautes par mois !

Les radios de format jeune montrent l’exemple (notre billet du 13 janvier). Jérôme Fouqueray, le patron de Fun Radio, misant sur les applis web, nous expliquait en janvier 2011 que la part de son audience totale générée par le net avait atteint les 13% (Médiamétrie, streaming-live radio, Nov. Decembre 2010). Comment s’y est-il pris ? Pour mieux s’inviter dans l’ordinateur ou le Smartphone de son jeune auditeur, le patron des musicales du groupe RTL  nous expliquait avoir notamment beaucoup investi sur Facebook : aujourd’hui, plus de 800.000 personnes sont fans de la page FUN, ce qui lui permet de se déclarer comme étant le premier… sur ce réseau social.

NRJ n’est évidemment pas en reste. Sa filiale Allemande, Energy.de, annonçait fièrement en fin d’année 2010 que ses ouvertures de streaming, avec plus de 36 millions de cessions ouvertes, avaient augmenté de 275% en un an outre-Rhin ! Et bien entendu, la station de Jean-Paul Baudecroux affiche près de 700 000 fans sur sa page Facebook, sans compter les pages dédiées aux émissions, précise-t-elle.

Troisième au palmarès des radios qui misent sur les médias sociaux, Skyrock, visionnaire avec les fameux Skyblogs, vient de dépasser les 500 000 fans sur sa page dédiée. Son audience, confortable, continue d’ailleurs de se développer.

La conquête du temps de disponibilité des auditeurs

Cette stratégie « d’invasion » des écrans ne manque pas de bon sens : il faut juste aller chercher l’auditeur où il se trouve, et se rappeler sans cesse à son bon souvenir. Dans son communiqué, Médiamétrie confirme l’engouement des français pour les réseaux sociaux : « Plus des  ¾ des Internautes ont consulté un blog ou un site communautaire en décembre 2010, soit 32.1 millions par mois, et 11.7 millions par jour. Sur ces mêmes sites, les internautes restent de plus en plus longtemps : en moyenne, ils y passent 5h30 par mois, soit 1h20 de plus qu’il y a un an ». Même réflexion au sujet des smartphones et des tablettes. Ils se multiplient  dans les poches des français. Les « mobinautes » sont désormais 15.5 millions par mois, soit 3.3 millions de plus que l’année dernière.

Les radios qui jouent le jeu de la complémentarité média et du « multi-plate-forme » obtiennent donc des résultats. Pour une raison simple : la guerre de l’audience se joue aujourd’hui aussi sur le temps de disponibilité des auditeurs. Il n’y a plus de malédiction : pendant qu’ils sont derrière leur PC, leur iPhone ou leur iPad, les inter/mobinautes peuvent aussi écouter la radio, et partager son univers. C’est là qu’il faut donc « attaquer ». Médiamétrie a d’ailleurs repéré un « pic d’audience » de la radio sur le web :

(il) se situe entre 11h15 et 11h30, (…) preuve  -s’il en était besoin- que la consommation des internautes renforce la consommation plus classique de la radio.

Après la ménagère de moins de 50 ans, la nouvelle cible que les radios chouchouteront sera-t-elle… l’employé de bureau ?

>> Article initialement publié sur My Conseils

>> Illustrations FlickR CC : danmachold, George Ferris

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Les radios associatives au cœur de la numérisation du média http://owni.fr/2010/11/04/les-radios-associatives-au-coeur-de-la-numerisation-du-media/ http://owni.fr/2010/11/04/les-radios-associatives-au-coeur-de-la-numerisation-du-media/#comments Thu, 04 Nov 2010 17:44:48 +0000 Julie Heurtel http://owni.fr/?p=34692 Il était une fois un pays où près de 600 des 775 radios émettant en FM étaient des radios différentes. Les “associatives” en France sont les “communautaires” d’ailleurs. Elles sont ces radios faites par des citoyens passionnés, engagés, motivés. Elles s’adressent à n’importe quel humain doué d’oreilles enclines à goûter une écoute différente en tous points : sujets et approches, forme et fond Pourquoi donc les associatives doivent-elles se préoccuper de la diffusion numérique (alors qu’elles ont souvent bien d’autres soucis à régler et projets à mener au quotidien) ?

La Confédération nationale des radios associatives (CNRA) a récemment publié un communiqué réaffirmant son positionnement en faveur d’un “lancement immédiat de la Radio Numérique Terrestre (RNT)”. En mai dernier à Nantes, lors du congrès du Syndicat national des radios libres (SNRL), le Groupement des radios associatives de la métropole nantaise (Gram) était à l’origine de la première expérimentation concrète de radiodiffusion numérique terrestre multinorme. Qu’est-ce que les associatives ont donc bien à faire d’une réforme aux abords technicistes et aux conditions qu’on a dit au départ diligentées par les grands médias commerciaux ?

Le débat sur l’avenir numérique de la radio et sa déclinaison en France est éminemment politique. Le média n’a sûrement pas subi de telles tensions et enjeux depuis les folles années des radios pirates et le processus de régularisation qui en a suivi. Éléments cruciaux du paysage radiophonique français, les associatives ont également leur mot à dire quant à ce tournant numérique attendu.

Des radios de caractère inouï

Les radios associatives sont un acquis social. Comme toutes les radios privées, elles sont nées d’une lutte menée par ceux qui revendiquaient une nouvelle liberté de ton et de parole, que ne permettait pas la radio publique nationale.

Mais à la différence de leurs consœurs commerciales, les associatives sont restées attachées à la vocation d’un service échappant à la logique de marché. Elles revendiquent un pluralisme et une diversité qui n’ont pas forcément leur place sur des antennes installées dans un équilibre commercial. Cette volonté d’autonomie affirmée par rapport à la sphère marchande les insère cependant dans un système de dépendance envers les subventions qui les financent.

La première d’entre elle est la subvention de fonctionnement versée par l’État via le Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER), principale ressource de la plupart des radios associatives. Les recettes publicitaires dont elles peuvent bénéficier sont limitées à 20% de leur budget annuel. Pour le reste, il faut gratter ailleurs : collectivités locales, programmes d’échanges, emplois mutualisés…

Leur statut en droit français est la base juridique de leur spécificité. On reconnaît aux radios associatives un caractère différent, traduit par leur capacité à exercer une mission de “communication sociale de proximité” (selon la loi n° 2000-719 du 1er août 2000), qui revêt un caractère d’intérêt général indéniable. De ce statut, décrit sous la classification “radio de catégorie A”, les associatives peuvent donc revendiquer un droit à exister et avoir une place sur la bande FM.

Rester un média indispensable à l’ère du numérique

Le statut des associatives résulte de leur capacité à accomplir cette mission. On parle bien d’un média, soit d’un moyen de communication qui s’adresse à un public. Ici à des auditeurs. Le soutien aux associatives a un sens tant que celles-ci demeurent les opérateurs les plus à même d’exercer cette mission de communication sociale de proximité. Si le média perd cette occurrence avec un ensemble d’auditeurs, il perd son sens. Si leur audience se disloque trop, qu’auront-elles de plus à revendiquer qu’un blog ou qu’une webradio ?

La dernière enquête sur les pratiques culturelles des français menée par le Ministère de la Culture le montre : la pratique d’écoute de la radio traditionnelle recule. Les générations les plus jeunes sont les plus touchées. Ces “digital natives”, nés dans un univers médiatique numérique et multimédia, n’ont plus le réflexe radio que pouvaient avoir leurs aînés. Cela ne sonne pas le glas de la radio, mais chamboule la conception traditionnelle qu’on en avait.

Le numérique terrestre, ce débat trop technique

Il faut concevoir l’écoute, et donc la diffusion autrement. La radio est un média maîtrisé, sa technique simple, pour l’émission comme la réception, a fait d’elle ce média populaire. La réaction des associatives par rapport au numérique est conditionné par cet état de fait. La RNT a fait peur, accueillie à grands cris comme une réforme de technocrates. Pourquoi changer un système qui marche et dont on comprend les rouages ?

C’est d’abord la norme choisie qui avait rafraîchi la bonne volonté des opérateurs. Sous la pression des grands groupes commerciaux, le gouvernement avait opté pour l’adoption du T-DMB. Cette norme venue de Corée du Sud est un standard audiovisuel conçu pour la télévision mobile. Les uns y avaient vu une opportunité de séduire davantage d’annonceurs si l’image pouvait être rajoutée aux encarts publicitaires diffusés.

Cependant le choix d’une norme qui ne soit pas dédiée au média ostracise alors la France quand ses voisins européens se sont tous prononcés pour une norme DAB puis DAB+. Aujourd’hui, les grands groupes de média qui avaient défendu cette norme ne voient plus l’urgence du numérique et font traîner l’évolution, tandis que les partisans de la RNT prennent unanimement position en faveur du DAB+.

La transition ne pourrait s’effectuer que si les associatives étaient aidées. L’investissement nécessaire à ce nouveau mode de diffusion ainsi que les années de transition où une double diffusion FM-RNT (“simulcast”) d’ores-et-déjà envisagée, représentent des coûts qui seraient fatales aux associatives si elles n’étaient pas soutenues financièrement.

Des acteurs perplexes

Au-delà de cette préoccupation financière, certaines des radios associatives réunies dans le collectif Radios libres en lutte ne croient simplement pas en l’intérêt du numérique. Les apports du numérique ne sont à leurs yeux pas assez novateurs pour pousser les associatives à plébisciter ce changement. Dans ce mouvement qui réunit les plus engagées et les plus indépendantes des survivantes de 1981 (Fréquence Paris Plurielle, Radio Canut, Aligre Fm, Canal Sud…), on regrette le choix d’une technologie qui sans être révolutionnaire les dépossèderait d’un média dont les processus de production étaient simples et intégrés.

On pense notamment ici aux multiplexages nécessaires avec les normes dérivées du DAB pour permettre la diffusion. La récente expérimentation du Gram a prouvé la plausibilité d’une organisation entre associatives pour le financement et la gestion d’un multiplexeur, ce qui soulèverait une partie du problème, pour les urbaines tout au moins. Aujourd’hui, les radios du collectif se disent toujours en lutte bien que leurs actions se font plus rares vu le marasme qui entoure le passage à la RNT en France.

Il faut reconnaître que les atouts de la RNT ne sont pas les mêmes pour tous les opérateurs. La RNT permettrait un accroissement de l’offre dans les métropoles saturées. Pour des associatives souvent titulaires de demi-fréquences (Néo à Paris, FMR à Toulouse), la RNT offrirait l’opportunité d’une intensification de l’activité vers du plein temps. Cependant, le système de multiplexage est inenvisageable dans les contrées rurales, au point que les partisans de la RNT prônent désormais un système multinorme, utilisant de manière complémentaire le DAB+ et le DRM+ pour une couverture totale du territoire.

La radiodiffusion numérique terrestre, défendue par le CSA et aujourd’hui la grande majorité des organisations de radios associatives, est un modèle tendant à préserver un système proche de l’actuel : des pratiques semblables tout en propulsant le média dans une qualité d’offre et d’écoute adaptée aux standards numériques. Elle permettrait de maintenir un système de régulation où les associatives bénéficient d’une place au soleil, bien qu’il n’y soit pas toujours à son zénith.

La RNT, un cadre de réflexion

Les farouches réactions qui se sont fait entendre autour du projet de déploiement de la RNT résultent surtout du fait que des considérations techniques, certes essentielles, ont pris le pas sur un questionnement plus profond quant à l’avenir du média. La radio numérique terrestre permet surtout de préserver un système et ses régulations : une diffusion hertzienne de programmes accessibles gratuitement, un CSA qui a la maîtrise des fréquences, et une pratique d’écoute via un procédé similaire aux transistors FM. Le système actuel qui permet ainsi une place pour les stations associatives et la légitimité de leur financement serait ainsi prolongé. Les autres évolutions possibles ne réunissent pas ces conditions.

Le développement anarchique des webradios nécessiterait une reconsidération du moyen de contrôle du CSA et conditionne également la pratique de l’écoute de média à l’abonnement à un service internet, contrairement à la RNT qui reste basée sur l’utilisation gratuite de ce bien public qu’est la ressource hertzienne. La radio IP, prônée par le président de Skyrock Pierre Bellanger, est un modèle basé sur le ciblage des auditeurs, ambition à vocation commerciale radicalement contraire à l’esprit des associatives.

Le numérique satellitaire, modèle choisi aux États-Unis, implique également que l’auditeur soit abonné. Quant aux offres radios des opérateurs de téléphonie mobile, elles sont considérées comme la plus grande menace au média. Le développement d’une écoute de la radio via les téléphones mobiles doterait les opérateurs d’un pouvoir de décision quant à l’offre proposée, se substituant ainsi au CSA dans son rôle régulateur. On imagine peu de radios non commerciales réussir à s’immiscer dans un tel système.

Les modèles numériques proposés sont nombreux. Ils sont potentiellement compatibles, ainsi que l’avance le CNRA dans le communiqué évoqué précédemment. Du point de vue des associatives cependant, seule la RNT peut prétendre permettre une subsistance de leur situation. Aux radios, et aux associatives notamment, de se saisir de cet enjeu d’évolution technologique et de repositionnement du média pour développer une nouvelle forme de radio.

Une réflexion sur le statut de média associatif local est cruciale. Les associatives ont cette chance de pouvoir bénéficier d’un ancrage local fort, toutes insérées qu’elles sont au sein de tissus associatifs et socio-culturels. La FM n’est à moyen terme pas directement menacée d’extinction. Ceux qui ont la chance d’y avoir une fréquence sont ceux qui doivent réfléchir à comment occuper cette place aujourd’hui pour que leur présence ait encore un sens demain.

Crédits photo cc FlickR : id-iom, 3n, joeybaltimore, A. Germain.

Article initalement publié sur Syntone.

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Les territoires radiophoniques de l’analogique au numérique http://owni.fr/2010/10/11/brouillages-les-territoires-radiophoniques-de-lanalogique-au-numerique/ http://owni.fr/2010/10/11/brouillages-les-territoires-radiophoniques-de-lanalogique-au-numerique/#comments Mon, 11 Oct 2010 13:19:06 +0000 Samuel Ripault (Pali Meursault) http://owni.fr/?p=31029 Alors qu’il s’est assoupi pendant de longs mois, le laborieux débat français sur la radio numérique terrestre (RNT) ne va pas tarder à se réveiller… Espérons qu’il n’aura pas les yeux tout collés. C’est en effet pour les prochains jours/semaines que sont attendues les conclusions du troisième rapport sur la RNT commandé par l’actuel gouvernement, à l’ancien directeur de France Culture (entre autres titres) David Kessler. Avant que nous ne fassions un point plus pragmatique sur la situation politique, il nous a paru intéressant de diffuser une communication inédite de Samuel Ripault (Pali Meursault) prononcée au colloque “Vers la Post Radio” organisé par le GRER en 2009 à Paris. Brouillages – Les territoires radiophoniques de l’analogique au numérique déplace le débat du passage d’une technologie à une autre – en l’occurrence de l’Analogique des ondes modulées au Numérique aujourd’hui sur le web et peut-être un jour hertzien – sous l’angle inattendu des enjeux esthétiques et sociaux. Ce qui s’annonce avec l’abandon programmé de la FM, n’est-ce pas la fin de la radio comme espace public ?

Poser aujourd’hui la question de la radio numérique terrestre revient à interroger les usages d’un dispositif qui n’existe pas encore. Tâche d’autant plus ardue que, comme nous avons pu l’entendre au cours des discussions du présent colloque, ce que nous appelons “Radio” ne recouvre pas la même définition pour tout le monde, selon que l’on parle de dispositions techniques, de structuration légale ou de création sonore. En somme il s’agit de parler soit des modalités d’accès aux contenus radiophoniques, soit de la qualité radiophonique des contenus, mais il semble difficile d’avoir une vision transversale. À travers ces multiples points de vues aussi bien qu’à travers la multiplication des plateformes, il n’est pas garanti que l’avenir de la radio soit celui d’un seul dispositif médiatique, dont l’homogénéité serait maintenue par l’idée d’une “radio augmentée”, qui préserverait nos habitudes d’usagers de la radiodiffusion tout en empruntant à l’Internet ses possibilités multimédias et hypertextuelles.

Aussi, afin de comprendre les enjeux que recouvrent les mutations actuelles de la radio, il me semble important de commencer par interroger les paradigmes et les discours qui structurent, en deux dispositifs distincts et en deux manières de concevoir la communication médiatique, d’un côté, la radio analogique et, de l’autre, les réseaux numériques, plus précisément, la Radio FM et le Web.

Radio-instrument

La migration de la radiodiffusion vers le numérique ne constitue pas seulement un apport de nouvelles possibilités en terme d’accès à des contenus, mais signe aussi la disparition d’un ensemble d’éléments qui caractérisent la transmission analogique : brouillages, parasites, espaces laissés en friche sur les bandes de fréquences, versatilité de la captation hertzienne… Autant de particularités qui, tout en pouvant être considérées comme inutiles pour l’accès à des programmes, n’en constituent pas moins une part importante de la radio que nous connaissons. Autant de particularités qui, sans aucun doute, auront imprimé leur marque, tant sur nos usages d’auditeurs que sur notre “imaginaire radiophonique”.

Les progrès de la technologie analogique ont permis, dans une certaine mesure, de masquer ces perturbations indésirables, mais peut-être sans jamais nous ôter tout à fait de la tête que la radio, c’est quelque chose qui commence par grésiller. En parallèle de cette histoire-là, les artistes et les musiciens du 20e siècle se sont réapproprié la radio : non seulement en tant que dispositif de diffusion et de productions sonores, mais aussi en faisant du poste récepteur lui-même un véritable instrument, avec sa “gamme” particulière. Au début des années 50, la démocratisation du transistor ayant rendu les postes plus faciles à manipuler, ceux-ci trouvèrent leur place dans les orchestres de John Cage ou de Karlheinz Stockhausen, les sources sonores radiophoniques devenant une matière à part entière, voix ou parasites au même titre, réunis dans une même plasticité.

Cette “plasticité” particulière de la radio-instrument ne constitue pas la simple introduction d’un nouveau registre de bruits électroacoustiques dans la musique : à travers la captation radio, c’est d’abord un nouveau registre de gestes musicaux que Stockhausen introduit dans les partitions de pièces comme Spiral ou Kurzwellen, avec l’intention de développer un rapport “intuitif” à l’interprétation. De même, chez Cage, ce sont les possibilités d’aléatoire qui motivent son utilisation de la radio. Il l’explique dès 1951, à propos de sa pièce pour radio de 1951, Imaginary Landscape No.4, par la possibilité d’aller plus loin dans sa recherche sur l’indétermination qu’il n’avait pu le faire dans Music of Changes.

Matière radiophonique

Si la radio-instrument a perduré dans la musique contemporaine, en véhiculant une esthétique particulière liée au brouillages et aux bruits parasites, elle témoigne également d’usages fondamentalement extra-documentaires du dispositif radiophonique, et rendus possibles par le médium radio lui-même. Autrement dit, des usages de la radio qui ne soient pas réductibles à la seule question des contenus radiophoniques et de leurs modalités d’accès. L’approche musicale du médium radio dans la musique contemporaine nous engage, plus largement, à considérer la diversité de la matière radiophonique. Ainsi, chez Cage, brouillages et programmes, au plus près de la réalité physique de la technologie hertzienne, sont les variations d’intensité d’un signal, et deviennent, dans la composition, les variétés de registre de la radio-instrument.

Plus récemment, des musiciens comme Keith Rowe ou Lionel Marchetti ont repris à leur compte cet usage musical de la radio, explorant les ondes afin de créer des paysages fictifs, peuplés de voix fugitives, brouillées ou incertaines, captées au hasard d’un moment . Il ne s’agit plus ici de venir perturber les règles classiques de la composition ou de l’interprétation, mais de solliciter une dimension dramatique, esthétique et poétique de l’écoute radiophonique, qui est déjà présente dans nos usages et ancrée dans nos cultures d’auditeurs, et que viennent solliciter les compositions de Marchetti ou les improvisations de Rowe. De fait, nul besoin d’être musicien pour avoir fait l’expérience d’un tel usage de la radio, qui ait d’avantage à voir avec la dérive qu’avec la consultation d’un programme : on s’est déjà tous amusé à suivre les modulations du signal, comme on visiterait un espace à la fois familier et imprévisible au gré des fréquences, que se soit par plaisir, pour tester le matériel ou pour jouer au blind-test…

S’il reste légitime de définir la radio à travers ses programmen frichees et ses contenus médiatiques plutôt qu’à travers les imperfections de la transmission hertzienne, l’absence de brouillage dans les modalités d’accès aux médias numériques permet cependant de faire une distinction entre la captation d’un signal par la radio analogique et la consultation d’un contenu, qui s’apparente d’avantage à nos usages documentaires des réseaux numériques. Cette première différenciation entre deux modes de réception médiatique, deux dispositifs qui tout en pouvant véhiculer un contenu identique impliquent des usages spécifiques, va nous permettre de distinguer, entre la radio analogique et les réseaux numériques du Web, deux manières de structurer l’espace de la communication médiatique et deux manières d’y “naviguer”.

Le paysage de la radio analogique

Au-delà d’une pièce qui, par nature, n’est jamais deux fois la même, la reprise d‘Imaginary Landscape No.4 plus de 50 ans après sa création révèle les transformations plus générales du paysage technologique, médiatique et social : les radios ne diffusent plus la même chose et plus de la même manière. C’est peut-être ce terme de “paysage”, tel qu’il apparaît dans le titre même de la pièce de Cage, qui permet le mieux de qualifier l’espace médiatique de la radio analogique.

Les partitions de Cage pour Imaginary Landscape No.4, Speech ou Radio Music reposent sur l’aléatoire de la captation, utilisant voix, bribes musicales ou perturbations électrostatiques au même titre, et le “paysage imaginaire” se dessine au gré du parcours hasardeux des interprètes parmi les voix, bribes musicales ou perturbations présentes sur la bande. Avec l’exemple de ces pièces, on peut se représenter la bande des fréquences radios comme une étendue continue, dont les variations d’intensité du signal constituent les reliefs. Ici, l’interface du dispositif technologique, sous la forme de la molette du tuner, devient le véhicule qui nous permet de nous déplacer dans le paysage radiophonique : de se promener au fil des fréquences ou de rejoindre le “lieu” particulier d’une station de radio.

L’espace médiatique de la radio analogique a donc sa consistance géographique particulière, elle-même fluctuante en fonction de notre position dans l’espace réel. Essentiellement, le paysage radiophonique que nous connaissons se dessine par une succession de vides et de pleins, signal ou absence de signal, mais il s’agit d’abord d’un espace concret, qui existe avant tout comme l’étendue des longueurs d’ondes : un espace vierge au sein duquel l’enjeu territorial apparaît au moment de sa colonisation par les signaux radiophoniques. De fait, les zones de brouillages, les espaces vides de la radio analogique ne sont pas du “rien” mais plutôt, à proprement parler, des espaces “en friche” dans le territoire radiophonique.

L’assemblage des documents numériques

Depuis longtemps, nous sommes habitués aux discours de promotion du Web, qui nous invitent à naviguer et à “surfer”. À y regarder de plus près, pourtant, cette représentation spatiale masque une toute autre structure des médias en ligne. Contrairement au paysage des fréquences radios, il n’est pas possible d’imaginer sur le Web un espace vide, une friche qui ne comporterait pas de données, car la navigation en ligne ne consiste pas à se déplacer sur la surface des disques durs, mais bien à appeler et à afficher successivement des documents sur son ordinateur. De ce point de vue, la navigation en ligne peut être comprise comme un usage strictement documentaire. Certains sociologues placent d’ailleurs cette “hypothèse documentaire” à la base de l’analyse des usages et des interactions en ligne . Dès lors, le réseau des données numériques accessible par le Web ne se représente pas tant comme un territoire ou un paysage que comme un assemblage, formé par la juxtaposition de contenus documentaires interconnectés, et que nous sollicitons successivement. Sa réalité géographique – ou peut-être “a-géographique” – a ainsi d’avantage à voir avec l’empilement vertical des listes de références des moteurs de recherche qu’avec la continuité horizontale de la bande des fréquences hertziennes.

D’avantage, ce qui distingue ces deux espaces c’est que, là où l’espace concret de la radio analogique préexiste à son occupation par les signaux, l’espace virtuel des contenus documentaires en réseau est constitué par les documents eux-même, et s’étend à chaque nouveau contenu mis en ligne. L’espace du réseau est ainsi virtuellement infini là où, fondamentalement, la bande des fréquences est un espace fini et contraint. À travers ces caractères spécifiques, les espaces médiatiques de la radio analogique et des réseaux numériques apparaissent comme deux représentations différentes du territoire, auxquelles correspondent différents modes d’organisation, de régulation des usages et d’exercice de l’autorité.

Un paysage politique

Le territoire analogique des ondes radio est à la fois continu dans l’espace, permanent dans le temps et variable en fonction du territoire réel. Comme celui-ci, il est aussi un espace fini et limité, et connaît ainsi des enjeux de structuration comparables : c’est-à-dire, en premier lieu, l’enjeu géopolitique de son occupation ou de son abandon, de son appropriation ou de son partage, de son découpage en zones communautaires ou privatisées.

En fonction des bandes de fréquences, l’espace radiophonique se structure selon des modes qui s’apparentent à ceux qui organisent nos espaces de vie en sphères publiques ou privées : espaces publics, partagés ou communautaires de la CB et des Ondes Courtes, espaces institutionnalisés ou privatisés des fréquences AM ou FM. Le paysage hertzien (c’est aussi valable pour la télévision) est à la fois économique dans la mesure où il se dessine en fonction des capacités d’accès aux technologies d’émissions, et politique dans la mesure où une autorité procède au partage du territoire médiatique et à son contrôle, à son découpage et à sa distribution en parcelles, adaptant ses outils législatifs en fonction des territoires réels couverts par chaque mode d’émission.

Cette structuration législative du territoire médiatique n’apparaît cependant pas d’emblée pour l’auditeur de la bande FM, qui peut, dans la mesure déterminée par les outils technologiques dont il dispose, accéder indifféremment à n’importe quel signal. Ici la captation radiophonique se distingue encore de la consultation du Web, qui implique éventuellement une confrontation avec le cadre légal dans le cas de sites réservés ou protégés, de contenus payants, de sites interdits aux mineurs, etc. Le cadre légal de la radio concerne seulement les producteurs des signaux émis, et c’est en se réappropriant les technologies d’émissions de manière artisanale que certains artistes permettent d’en mettre à jour les enjeux territoriaux.

La radio comme espace public

Ainsi, lorsque Tetsuo Kogawa ou John Duncan se réapproprient localement les bandes hertziennes de la radio FM ou de la télévision pour diffuser leur œuvres, ils viennent ainsi éprouver la consistance politique du dispositif médiatique, ils en font réapparaître les enjeux proprement territoriaux et la structuration légale. À Tokyo, au milieu des années 80, les diffusions de Duncan prenaient ainsi la place de la télévision nationale à la fin des programmes, au cours de performances limitées à l’échelle d’un quartier et ne dépassant jamais 12 minutes afin d’échapper à la police. De telles interventions se situent à la fois dans l’héritage activiste des Radios Libres et en filiation avec une histoire du happening : infiltrant simultanément l’espace public et l’espace médiatique. Avec elles, on est tenté de faire un parallèle entre les paradigmes qui structurent l’espace public et ceux qui composent le paysage des médias analogiques : d’un côté comme de l’autre s’établit une distinction claire entre la production de l’espace, qui se soumet à une autorité, et l’usage de ce même espace, qui est déterminé par une norme. Les diffusions pirates de Duncan ou la fabrication artisanale des micros-émetteurs de Kogawa  ne permettent de révéler et de questionner cette autorité que dans la mesure où elles sont, littéralement, des productions d’espaces, et font basculer l’usager du côté de la production.

Avec l’apparition des Radios Libres au milieu des années 70, la remise en cause de la constitution hégémonique du territoire radiophonique à travers les monopoles d’états comportait les mêmes enjeux de réappropriation des dispositifs de production médiatiques. Par la suite, la pensée libertaire qui animait les premières Radios Pirates s’est en quelque sorte dissolue dans la libéralisation de la bande FM, mais elle portait avant tout cette nécessité de réappropriation des moyens de production et de réouverture des espaces médiatiques que Duncan ou Kogawa ont ensuite repris à un niveau micro-politique.

Les histoires de Radio Alice à Bologne, puis de Radio Tomate à Paris, relèvent bien d’enjeux territoriaux : les incursions dans l’espace médiatique y sont inséparables des actions menées dans le territoire politique et social (occupations de l’espace public, squatts, manifestations…). Mais pour Félix Guattari et Franco Berardi, le “travail révolutionnaire des Radios Libres” était avant tout un processus de “déterritorialisation . Il ne s’agissait pas d’opposer une “contre-hégémonie au discours médiatique dominant ”, contenu contre contenu, mais de “provoquer le processus de déstructuration du système médiatique par la prolifération des sujets d’énonciation”. C’est-à-dire de substituer aux représentations monopolistiques ou privatisées du territoire une conception de la radio comme véritable espace public, dont une technologie démocratisée permet de se réapproprier les modalités d’accès.

À travers cette multiplication des sujets d’énonciation producteurs de l’espace médiatique, Berardi voit se dessiner, dans une perspective “rhizomatique”, la préfiguration de “la réalité techno-nomadique du réseau”. Au-delà de la différenciation entre deux dispositifs communiquant, il y aurait donc une filiation de l’un à l’autre : les réseaux numériques permettant d’occuper une position d’énonciation dans le territoire médiatique que la radio n’avait pas su offrir. Mais il reste à savoir comment les conditions d’exercice de l’autorité sur la production médiatique vont, à leur tour, se reterritorialiser dans le réseau, c’est-à-dire comment un nouveau paradigme technologique va se reconfigurer, déterminant la place et le statut de l’énonciation en ligne.

Internet ou la communication des sphères privées

Pour bien comprendre ce changement de discours, il est particulièrement intéressant de regarder du côté des mouvements activistes et subversifs. C’est en effet au fil de l’histoire qui va des Radios Libres à l’émergence des hacktivismes en ligne que la filiation apparaît le plus clairement. Une parenté directe qui a permis aux acteurs de ces mouvements de prendre la mesure des changements structurels et paradigmatiques du territoire médiatique, sans doute bien avant que les sphères institutionnelles ne se penchent sur le sujet.

Ainsi, les artistes du Critical Art Ensemble ont analysé dans leurs ouvrages manifestes parus au cours des années 1990 la manière dont, à son tour, le pouvoir devenait nomade, et se reterritorialisait dans la réalité fragmentaire du réseau. Pour eux, si les forteresses des pouvoirs traditionnels centralisés ont maintenues leur permanence symbolique, elles sont en réalité devenues des autorités diffuses et invisibles, s’incarnant dans un modèle organique. Les possibilités subversives d’infiltration de l’espace médiatique doivent elles aussi changer de forme, délaissant les champs de batailles du territoire radiophonique pour devenir des “virus” informatiques.

Dans les représentations idéalisantes qui viennent structurer le Web, l’enjeu n’est plus celui de la propriété du territoire médiatique, ni celui de la maîtrise des moyens de production. En reprenant l’hypothèse d’une constitution documentaire du Web, on peut avancer que le territoire médiatique du réseau se structure précisément sur la capacité de chacun à être un sujet énonciateur dans le réseau, c’est-à-dire à être co-producteur de l’assemblage documentaire et du territoire médiatique lui-même. Dans l’espace infiniment extensible du réseau, la propriété est ainsi postulée dans les conditions mêmes d’accès au territoire médiatique, chacun devant être avant toute chose propriétaire de son “adresse” et de son “domaine” en ligne.

Dès lors, la fonction de l’autorité régulatrice a bel et bien changée, là où il s’agissait, dans l’espace de la radio analogique, de partitionner un espace ouvert en zones privatisées, elle a désormais pour fonction de déterminer et d’organiser la communication entre des sphères privées. Idéalement, la loi s’efface derrière un principe d’auto-régulation, incarné en chaque point du réseau. Et dans les faits, les enjeux de légalité se déplacent vers la question de l’intégrité des identités en ligne et de la propriété intellectuelle des contenus.

Post-radio ?

Finalement, il semble qu’avant de se pencher sur la question de l’évolution des contenus d’un dispositif médiatique il soit nécessaire de s’interroger sur les régimes d’énonciation que celui-ci rend possible. De ce point de vue, la question radiophonique, à travers l’ensemble de ses dispositions médiatiques, de la FM aux ondes courtes, des Webradios à la RNT, devient peut-être celle de la pluralité des places et des statuts que la radio est à-même d’accorder à ceux qui parlent et à ceux qui écoutent…

Ainsi, la question de la “Post-Radio”, qui deviendrait en quelque sorte celle de la post-énonciation radiophonique, nous engagerait-elle à considérer, par exemple, l’avenir conjoint de la radio numérique et de la bande FM. L’abandon progressif de cette dernière par les médias dominants pouvant augurer, plutôt que sa disparition à d’autres profits, la possibilité de recomposer un véritable espace public radiophonique, propice à la prolifération des sujets d’énonciations, comme l’imaginaient Félix Guattari et Franco Berardi.

Crédits photos cc FlickR : gyst, Zellaby, t0msk, Un ragazzo chiamato Bi, bcostin, smif.

Article initialement publié sur Syntone.

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Do you speak rock français ? http://owni.fr/2010/09/14/do-you-speak-rock-francais/ http://owni.fr/2010/09/14/do-you-speak-rock-francais/#comments Tue, 14 Sep 2010 08:21:23 +0000 Thomas Grange http://owni.fr/?p=28054 Retrouvez cet article et bien d’autres sur OWNImusic, que nous lançons avec joie ces jours-ci !

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Cocoon, Hey Hey My My, Gush, Puggy, Lilly Wood & The Prick, Izia, Puggy, Jamaica, Pony Pony Run Run… La langue de Shakespeare a-t-elle un peu trop contaminé la scène francophone ? Beaucoup vous diront que c’est la langue la plus naturelle pour faire du folk ou du rock. Mettons, mais les raisons sont sans doute autant économiques que culturelles…

Chanter en anglais : c’est cul-tu-rel ! Ou pas.

Il fut un temps où les décisions du CSA avaient un réel impact sur l’industrie musicale : en télé où M6 avait des obligations de diffusion de plages musicales sur des horaires de grande écoute, mais surtout en radio notamment avec ce fameux quota de 40% de chanson française (dont 20% de nouvelles productions), mis en place en août 2000.

Les maisons de disques avaient alors tendance à privilégier la signature de groupes chantant en français, radios et TV privilégiant dans les 60% restants les incoutournables mondiaux (on se souvient même du combat de fun radio face au CSA pour comptabiliser Guetta, Sinclar et Solveig dans le quota français, malgré des lyrics anglais, peine perdue).

Le mot d’ordre était alors clair : une démo en anglais, c’est poubelle direct !

Bonjour Mickey 3D, Sinsemilia, Java, Tryo, Eiffel, Matmatah, Kyo, -M- et consorts, ne prenons pas le risque de signer du yaourt anglais, qui nous priverait de diffusion radio. Inutile de penser international, un plan market piloté de la France n’est pas vraiment imaginable.

Lily Wood And The Prick

2003 – 2006 : la crise, sans réelle alternative

C’est dès 2003 que le marché du disque commence à réellement s’effondrer. Il y eut avant ça les copies de CD et Napster, où les statistiques eurent du mal à réellement montrer leur effet nocif. Mais la croissance du net à cette période et l’arrivée de l’iPod ont eu raison de l’inquiétude des maisons de disques (qui n’ont certes pas pris les bonnes initiatives vis à vis de leurs “consommateurs”, mais nous n’allons pas revenir là-dessus).

Seulement que faire pendant ce temps ? Les débits étaient encore trop lents pour la plupart des internautes, écouter de la musique ou même de la vidéo en streaming était quasi impossible, et les outils pas toujours opérationnels (flash ne lisait pas encore la vidéo, casse-tête entre windows media et real media, difficilement embedables dans de l’html…) : c’est finalement peut-être ça aussi qui a fait que les majors ont pris le mauvais chemin : le net ne leur proposait pas encore les outils adéquats.

2006 et après : l’avènement Youtube, Myspace et Facebook

Voici les outils dont je parle : simple d’utilisation et viraux, le contexte change alors totalement. Qu’il soit technologie ou.. géographique !

Le groupe français n’est plus, il n’est plus confronté à une concurrence locale, ni soumis à un quota. Le net a remontré que le paysage musical français était beaucoup plus vaste et hétérogène que ce que M6 et NRJ laissaient paraître.

Dans un premier temps, ce sont surtout les indés qui ont le plus parié sur le web : Sober & Gentle a parié sur Cocoon il y a 2 ans. Because a signé Justice, Soko et (re)lancé les Plasticines virées de EMI. Cinq7/Wagram a plutôt bien tiré son épingle du jeu ces derniers mois avec Pony Pony Run Run, Gush et Lilly Wood & The Prick.

Cocoon

Une stratégie réellement internationale ?

A court terme, je n’en suis pas certain. C’est surtout la popularité des groupes sur le web qui a atténué l’argument psychologique des 40% : c’est désormais le web qui amorce la popularité d’un artiste, et non plus le média radio ou télé. Chiffres à l’appui, la maison de disques a alors beaucoup moins de mal à convaincre la presse ou la radio.

Et à voir la tracklist de Virgin Radio ou du Mouv, cela se confirme : Soma et Pony Pony Run Run font partis des 5 titres les plus diffusés de la fin aôut, avec minimum 1 rotation par heure et demie…

A moyen terme, là où lancer un artiste à l’international était une stratégie très complexe à mettre en oeuvre, le web permet de pointer les régions où le potentiel est le plus fort, stratégie appliquée pour Cocoon où le disque est sorti au Japon, aux USA et en Australie. Au pire, on applique une simple stratégie de long-tail où l’album est disponible dans les catalogues internationaux d’Itunes ou Believe, sans réel plan de communication, mais où les ventes agrégées pays par pays sont de moins en moins négligeables.

Du côté des majors…

EMI est sans doute la maison de disques qui a pris le plus de risque dans les années 2000 à travers les Daft Punk, et Phoenix, signés depuis 10 ans déjà (par contre ils ont encore des efforts à faire en anglais!). Sony a lancé il y a quelques mois Soma et Universal a sorti fin août le premier album de Puggy.

De la pop très lisse, qui ne leur font pas prendre énormément de gros risques…!

Article initialement publié sur le site Ampelmann

Crédits photos : CC Flickr rocktrotteur joe.moore tite_inconnue

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« 10 bonnes raisons de ne pas croire au streaming » http://owni.fr/2010/05/01/%c2%ab-10-bonnes-raisons-de-ne-pas-croire-au-streaming-%c2%bb/ http://owni.fr/2010/05/01/%c2%ab-10-bonnes-raisons-de-ne-pas-croire-au-streaming-%c2%bb/#comments Sat, 01 May 2010 09:14:57 +0000 Jean Gonzague Saint Broute http://owni.fr/?p=14069 - Futuriste Multimédias

- Diplomé de la JGSB High School of Telematics, « Master of Musical Telematics & Digital Strategy en ligne ».

- Fondateur de la société 3614 Music.

-Auteur de :

- «  Punk Rock : Savoir Gagner pour Réussir grâce aux nouvelles technologies de l’information. » (JGSB Editions)

« La télématique de demain au service de l’artiste mutimédia d’aujourd’hui. » (JGSB Editions)

- «  Sauver le 45 tours à l’heure du numérique » (JGSB Editions)

- « La pop music face au défi informatique » (JGSB Editions)

«  Protocole Ethernet et Musiques Amplifiées  » (JGSB Editions)

Outils sociaux interactifs :

Compte Twitter : http://twitter.com/3614music

J’entends de ci de là, dans les colloques, les soirées entre amis et même dans les surprises-parties, des voix s’élever pour vanter le modèle dit du « streaming » (sorte de « ruisseau musical », si j’ai bien saisi).

Ayant le sentiment que l’échange de bonnes pratiques et le débat d’idées nourrissent la pensée unique (qui s’avère la meilleure, puisque tout le monde pense la même chose, ce qui fluidifie les échanges), je vous livre le fruit de mes réflexions en :

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10 bonnes raisons de ne pas croire au « streaming »

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Raison N°1

« Le streaming, c’est comme la radio en mieux », nous dit-on ? Alors autant acheter un meilleur poste de radio. Il en existe de très bons désormais.

Raison N°2

Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le streaming, ce n’est PAS la radio en mieux. Par exemple, il n’y a pas de flash info (et ce n’est qu’un exemple, quid du bulletin meteo ?).

Raison N°3

Le streaming oblige les artistes à jouer leurs morceaux en permanence et à la demande. C’est très fatiguant et fort contraignant. Aucun n’acceptera.

Raison N°4

Le streaming oblige les artistes à jouer leurs morceaux en direct. Quid d’une demande simultanée émanant de deux « internautes » différents ?

Raison N°5

Grâce au streaming, on ne peut pas écouter de musique partout. C’est une bonne chose, mais où est l’innovation ?

Raison N°6

Le streaming mobile implique de garder son téléphone à l’oreille durant TOUTE une chanson (a minima), ce qui ne va pas sans poser de sérieux problèmes d’ergonomie.

Raison N°7

Le streaming s’adresse aux amateurs de musique, or tout le monde sait que l’industrie de la musique est en récession, la faute aux piratins, notamment. Alors arrêtons un peu.

Raison N°8

Des acteurs majeurs, comme Microsoft, Rowenta ou autre Darty, ne font pas de streaming.

Raison N°9

Personne n’a encore répondu à la question pourtant évidente : « Comment stocker la musique écoutée en streaming ? ».

Raison N°10

Il n’y a pas d’équivalent francophone viable au terme « streaming », ce qui prouve bien que c’est une passade anglo-saxonne.

Jean Gonzague Saint Broute

Courriel : jgsb@me.com

Rejoignez moi sur mon canal Twitter : http://twitter.com/3614music

ND WIMS :

Les opinions présentés par Jean Gonzague Saint Broute sont la propriété de leur auteur et Copyright JGSB Editions.

Elles n’engagent donc que lui.

(non parce que c’est quand même un peu audacieux)

> Billet iniatialement publié sur Where is my song ? ; photo CC Flickr See-ming Lee 李思明 SML

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Nettoyage pour la BBC http://owni.fr/2010/03/08/nettoyage-pour-la-bbc/ http://owni.fr/2010/03/08/nettoyage-pour-la-bbc/#comments Mon, 08 Mar 2010 16:18:12 +0000 Audrey Trenteseaux http://owni.fr/?p=9667 bbc

Dans un plan, qui sera prochainement annoncé, la BBC prévoit de fermer deux stations de radio (Station 6 Music et Asian Network), la moitié de son site web ainsi que de réduire ses dépenses sur l’importation de programmes américains.

Le budget du service web sera amputé de 25% et il en va de même pour les membres du personnel. Mark Thompson, directeur général de la BBC, a d’ailleurs rencontré les syndicats. Ceux-ci sont inquiets car six cents emplois sont menacés. Le site web de la BBC devrait à l’avenir traiter plus de sujets d’actualité et moins de sujets magazine.

Mark Thompson prévoit également de fermer BBC Switch et BBC Blast. Les deux chaines, qui s’adressent à un public entre 15 et 30 ans, sont très populaires. Si elles disparaissent, le marché reviendrait à ITV et Channel 4.

Le secteur sportif prend, lui aussi, un coup dans l’aile. En effet, les dépenses liées aux droits de retransmission, pour les événements sportifs, seront revues à la baisse.

Le budget global de BBC 2 sera quant à lui, revu à la hausse. 25 millions devraient lui être attribués.

Plus de 90 000 personnes ont déjà manifesté leur mécontentement sur le web, à propos de la fermeture de BBC 6 Music. Sur le site de réseau social Facebook, plusieurs groupes ont déjà été créés pour sauver la station de radio. Du côté des artistes, ça bouge aussi. Dan Bull, compositeur anglais, a écrit une chanson intitulée “Dear Auntie (An open letter to the BBC)”. Voici la vidéo :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Tout ceci ne serait-il qu’un jeu politique ? La BBC semble se préparer au scrutin de mai prochain. Les conservateurs sont donnés grands favoris. Problème ? Les Tories sont soutenus par les médias de Rupert Murdoch.  James Murdoch, le fils du magnat de la presse, est très critique vis-à-vis de la BBC.  La chaine représente, selon lui, une concurrence trop importante pour le “Times” et “The Sun”.  Jeremy Hunt, ministre de la Culture (Parti Conservateur), entend avoir une discussion avec la BBC au sujet de ses activités.

Pour plus d’informations sur ce sujet, voici quelques liens :

BBC signals an end to era of expansion” – Times Online

BBC chairman Sir Michael Lyons admits licence fee cut possible” – Times Online

Billet initialement publié sur Around the news

Photo A Princess sur Flickr

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