OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 [Radio] Le futur, à quoi ça sert ? http://owni.fr/2011/06/23/silicon-%ef%bb%bfradio-le-futur-a-quoi-ca-sert/ http://owni.fr/2011/06/23/silicon-%ef%bb%bfradio-le-futur-a-quoi-ca-sert/#comments Thu, 23 Jun 2011 10:15:54 +0000 Media Hacker http://owni.fr/?p=71476 Pourquoi fantasmer sur le futur ? Le journalisme de demain c’est quoi ? Comment vivre sans son iPhone? A quoi va ressembler la musique du futur ? Et finalement, le futur, à quoi ça sert ? Autant de questions qui seront abordées ce jeudi 23 juin sur Siliconradio, webradio éphémère dont OWNI est l’un des partenaires.

C’était quand déjà la fin du monde ?

2012 (et la fin du monde) se rapprochant à grand pas, Silicon Sentier a décidé de prendre ce sujet a bras le corps en créant une webradio éphémère ce jeudi 23 juin. Le thème?

Le futur prend le micro.

Cette expérience est menée à l’occasion du festival Futur en Seine qui se déroule jusqu’au 26 juin.

Le coup d’envoi de cette webradio réalisée en direct et en public à La Cantine à Paris a été donné jeudi 23 juin à 11h par les camarades de Silicon Maniacs avec de nombreux invités surprise. Vous pourrez retrouver tout le programme de cette journée, et le player de la web radio à cette adresse : http://www.siliconradio.fr/

L’Atelier des Médias/RFI et OWNI : à 2 pour 2 heures de futur

Pour cet évènement particulier, l’Atelier des Médias/RFI et OWNI ont décidé de penser le futur ensemble en partageant deux heures d’antenne, de 22h à minuit.

Tours de table, débats, présentations, journaux du futur… Pendant deux heures, l’équipe de l’Atelier des Médias et d’OWNI vont partager le futur avec les auditeurs ainsi que plusieurs invités venus décrypter le futur à nos cotés.

- Joseph Courbage, chercheur à l’institut national d’études démographiques
- Pierre Cattan, producteur audiovisuel en pointe sur les sujets Post-humains
- Christophe Galfard, physicien
- Jean Louis Frechin, responsable de l’agence NoDesign
- Jean François Lelouet, président de l’agence NellyRody

L’ami Vinvin sera aussi présent ce soir. Auteur-producteur et raconteur, mais aussi blogueur et impliqué dans TedX Paris, il viendra semer la disruption dans un programme apparemment bien huilé.

Du coté des animateurs maintenant, l’équipe de l’Atelier des médias est au grand complet avec Ziad Maalouf et Simon Decreuze. OWNI sera représenté par Philippe Couve ainsi que Romain Saillet.

Cette émission sera en direct sur Twitter, vous pourrez ainsi poser vos questions en ajoutant le hashtag #FENS (pour Futur en Seine). Nous relayerons vos questions à l’antenne. Mais si vous habitez Paris et que vous souhaitez passer directement “dans” l’antenne, n’hésitez pas venir à la Cantine Numérique de Paris, nous serons ravi de vous accueillir !


photo cc Flickr Rafael Kage

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Une #nuitsujet hack corps perdu http://owni.fr/2011/06/09/radio-nova-nuit-sujet-hack-corps-perdu/ http://owni.fr/2011/06/09/radio-nova-nuit-sujet-hack-corps-perdu/#comments Thu, 09 Jun 2011 11:17:55 +0000 Mathilde Serrell (Radio Nova) et Ophelia Noor (Owni) http://owni.fr/?p=66715 C’est comme ça qu’on se donne à la #nuitsujet… 6 heures de radio augmentée où la planète NOVA et la soucoupe OWNI.FR s’hybrident.

Pour cette deuxième édition, après « Dégage ! » et ses soulèvements démocratiques 2.0, nous avions choisi « Hack ! ». Un mot d’ordre idéal pour une émission mutante. Au menu, piratages et bidouillages, des bateaux somaliens aux labos post-humains.

Quelques jours après l’expérience, l’« éthylotweet » est retombé à zéro, mais ça frime sévère : #nuitsujet en tête des discussions sur Twitter en France pendant 12 heures ! 9ème « topic » mondial ! Eh ouais mec.

Sur la route du hack

Post-radio oblige, le studio se décloisonne : en interface totale avec le réseau, mais aussi connecté IRL à la verrière de Nova. Pour l’occasion elle s’était transformée à la fois mini forum et en nano hacker space ! On y a vu des bidouilleurs d’imprimante 3D, mais aussi Slim Amamou, blogueur star de la révolution tunisienne. Démissionnaire de son poste de secrétaire d’état à la jeunesse, il a accordé ce soir là un entretien exclusif à OWNI dans lequel il s’explique sur les raisons de son départ et pointe du doigt les services de sécurités tunisiens.

En 6 heures de navigation sur les routes du piratage, nous avons circulé parmi les hommes et les utopies. Les monnaies libres, les prémices d’un monde sans Copyright, les pirates de l’État, les États pirates aussi – spéciale dédicace à la Chine où les comptes Gmail de dissidents viennent d’être piratés!- On a parlé à des fantômes du piratage urbain, et même à des gens qui les avaient rencontrés…

by Fano Loco /-)

Les pirates d’aujourd’hui ouvrent le bal dès 20h00 avec un retour sur l’e-G8 de Sarkozy par Andréa Fradin. Absence de la société civile, internet sécuritaire et civilisé, séance mémorable sur la proprieté intellectuelle avec JP Barlow. L’eG8 sera hacké par une conférence de presse de la société civile dès le deuxième jour. Sous la veranda, on brainstorm avec Paul Moreira, Quentin Noirfalisse et Etienne Rouillon :  Qu’est-ce que le piratage aujourd’hui ?

Nuit Sujet Hack #1 – Les pirates d’aujourd’hui by OWNI


by Fano Loco /-)

On enchaîne avec Piraterie et Politique, et en studio Sylvain Lapoix sur les pirates précurseurs en politique. Et les élections ? Bruno Fuligni, auteur de “Votez fou” nous raconte le piratage des scrutins par de fantasques candidats. On court à nouveau vers les canapés de la verrière pour un brainstorm sur les états pirates et les états piratés, avec Aline Kremer pour la Russie, Olivier Tesquet sur les whistleblowers et Sébastien Thoën d’Action Discrète (Canal +)

Nuit Sujet Hack #2 – Piraterie & Politique by OWNI


Economie et pirateries… il est déjà 22h00. Zoupic prend une grande respiration et se lance sur le thème “monnaies libres, libres des monnaies”. Comment augmenter le partage et la répartition des richesses ? Après un retour sur l’histoire des monnaies, on passe en revue les alternatives :  le bekshare à San Fransisco, la luciole, le Sol violette, le WIR, etc. Et sur le net, les bitcoins, ripple et autres superfluid. Avant le brainstorm, Jean-Marc Manach nous régale d’une chronique sur les hackers et la DST.

Et le brainstorm ? Capitalisme et piraterie, rien que ça ! C’est Jean-Philippe Vergne qui s’y colle, co-auteur de l’organisation pirate, avec Antoine Champagne, créateur du site Kitetoa.com et Lionel Maurel alias Calimaq, juriste spécialisé dans les questions de propriété intellectuelle.

monnaies alternatives par Philippe Couve /-)

Nuit Sujet hack #3 – Hacker le capitalisme by OWNI

by t0ad /-)

Pirateries et droit d’auteur à 23h00… Des brevets scientifiques au biohacking, Florient Latrive, journaliste à Libération, ouvre le bal par téléphone, sur le thème des brevets pharmaceutiques : quelles conséquences dans les pays du Nord et ceux du Sud ? Que se passera-t-il demain avec les brevets sur les gènes ? Quelles sont les alternatives possibles ? Limitation des brevets, open drugs, financements publics…

Les pieds dans le gazon, assis confortablement sur les sofas, on brainstorm sur la culture de la piraterie, du copiage et du remix : Vincent Castaignet du groupe musique Cap Digital, Francis Gosselin, chercheur en économie et Calimaq.

Nuit Sujet Hack #4 – Piraterie et droit d’auteur by OWNI


by t0ad /-)

Minuit sonne sous la verrière de Radio Nova… Let’s go Hack IRL ! In-Real-Life ! Le Hacking citoyen, Geoffrey Dorne en a fait son projet de fin d’études à l’ENSAD. Chercheur en design et collaborateur, entre autre, d’Owni.fr avec sa chronique Vendredi c’est graphism, il explique comment le citoyen peut aller “à l’encontre de la surveillance accrue et pouvoir ainsi, recouvrer certaines libertés et certains droits menacés par l’État.” Le contenu de la box ? Découvrez-le sur Graphism.fr !

Et hop on file sur les canapés pour un brainstorm sur les piratages urbains avec Samira Ouardi et Stéphanie Lemoine, Ophelia Noor sur la galerie souterraine de New-York, Underbelly Project et Lazar Kunstmann porte parole de l’UX, Urban Experiment.

Nuit Sujet Hack #5 – Le Hacking IRL by OWNI


Stéphanie Lemoine, Samira Ouardi et Julien Goetz, sous la verrière, session brainstorm piratages urbains

Les hacks de demain, comme celui du cerveau…. Rémi Sussan, journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies et Guillaume Dumas, chercheur en interaction sociale sur l’hyperscanning, une technique d’imagerie cérébrale permettant d’enregistrer deux cerveaux simultanément, sont dans le studio. Décollez vos neurones avec le mp3 de la séance car on enchaîne avec une séance DIY (do it yourself) de sextoys, fabriqués par Laura, en 5ème année aux beaux-arts et interviewée par Sabine Blanc, pendant le festival du HackerSpace de Toulouse.  Bientôt deux heures du matin, il est temps de hacker l’humain, pour un brainstorm enlevé avec Pierre Cattan de Cinquième étage productions et Aurélien Fache, développeur Ownien !

Nuit Sujet Hack #6 – les hacks de demain by OWNI

clôture de la nuit sujet sur un rap de Giulo

Terminons sur ces mots de Julien Goetz :

Hacker, c’est sans doute aussi une volonté de se réapproprier ce que l’on estime libre, ouvert, accessible à tous, “piller le pilleur” comme l’affirmaient certains capitaines de vaisseaux. Une façon de bidouiller le système pour rééquilibrer les forces, de promouvoir le partage, d’ouvrir des champs de recherches insoupçonnés, de créer des usages insoupçonnables, de hisser l’échange en étendard et de stimuler la créativité à tout prix sauf celui de vente. Tout se pirate et nous sommes tous pirates.

Stay tuned /-)


Retrouvez la Une de la première nuit-sujet “Dégage!”

L’application de la nuit sujet #2 Hack

Design de l’application by Loguy et développée par Pierre Romera
Dessins de t0ad et Fano Loco
Photos d’Ophelia Noor, Pierre Alonso et Philippe Couve

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L’avenir de la radio se joue aussi sur le net http://owni.fr/2011/03/18/l-avenir-de-la-radio-se-joue-aussi-sur-le-net/ http://owni.fr/2011/03/18/l-avenir-de-la-radio-se-joue-aussi-sur-le-net/#comments Fri, 18 Mar 2011 13:30:45 +0000 Jean Charles Verhaeghe http://owni.fr/?p=51980 Médiamétrie a sorti, ce 15 mars en conférence de presse, ses chiffres 2010 de l’année Internet qui montrent une montée en puissance de la radio en ligne.

Sur l’année, les sites Internet des radios ont enregistré 34% d’augmentation d’audience.

expliquaient ce mardi 15 mars les responsables de Médiamétrie aux journalistes venus entendre leur synthèse sur l’année Internet 2010. Mieux : selon  l’institut, les internautes font montre d’un gros appétit pour les contenus audio. Il enregistre ainsi une explosion des téléchargements de podcasts radio en décembre 2010 par rapport à l’année précédente : 14 millions, soit 26.5% d’augmentation.

Notons que ces tendances sont identiques partout dans le monde. Aux Etats-Unis, l’excellent site Inside Radio révèle dans sa newsletter du 14 mars que depuis juillet, l’audience de la radio sur Internet a bondi de plus de 28% chez l’oncle Sam, qu’il s’agisse des hertziennes ou de pure-players comme Pandora (nous reviendrons sur le passionnant détail de cette newsletter dans un prochain billet).

15 millions de mobinautes par mois !

Les radios de format jeune montrent l’exemple (notre billet du 13 janvier). Jérôme Fouqueray, le patron de Fun Radio, misant sur les applis web, nous expliquait en janvier 2011 que la part de son audience totale générée par le net avait atteint les 13% (Médiamétrie, streaming-live radio, Nov. Decembre 2010). Comment s’y est-il pris ? Pour mieux s’inviter dans l’ordinateur ou le Smartphone de son jeune auditeur, le patron des musicales du groupe RTL  nous expliquait avoir notamment beaucoup investi sur Facebook : aujourd’hui, plus de 800.000 personnes sont fans de la page FUN, ce qui lui permet de se déclarer comme étant le premier… sur ce réseau social.

NRJ n’est évidemment pas en reste. Sa filiale Allemande, Energy.de, annonçait fièrement en fin d’année 2010 que ses ouvertures de streaming, avec plus de 36 millions de cessions ouvertes, avaient augmenté de 275% en un an outre-Rhin ! Et bien entendu, la station de Jean-Paul Baudecroux affiche près de 700 000 fans sur sa page Facebook, sans compter les pages dédiées aux émissions, précise-t-elle.

Troisième au palmarès des radios qui misent sur les médias sociaux, Skyrock, visionnaire avec les fameux Skyblogs, vient de dépasser les 500 000 fans sur sa page dédiée. Son audience, confortable, continue d’ailleurs de se développer.

La conquête du temps de disponibilité des auditeurs

Cette stratégie « d’invasion » des écrans ne manque pas de bon sens : il faut juste aller chercher l’auditeur où il se trouve, et se rappeler sans cesse à son bon souvenir. Dans son communiqué, Médiamétrie confirme l’engouement des français pour les réseaux sociaux : « Plus des  ¾ des Internautes ont consulté un blog ou un site communautaire en décembre 2010, soit 32.1 millions par mois, et 11.7 millions par jour. Sur ces mêmes sites, les internautes restent de plus en plus longtemps : en moyenne, ils y passent 5h30 par mois, soit 1h20 de plus qu’il y a un an ». Même réflexion au sujet des smartphones et des tablettes. Ils se multiplient  dans les poches des français. Les « mobinautes » sont désormais 15.5 millions par mois, soit 3.3 millions de plus que l’année dernière.

Les radios qui jouent le jeu de la complémentarité média et du « multi-plate-forme » obtiennent donc des résultats. Pour une raison simple : la guerre de l’audience se joue aujourd’hui aussi sur le temps de disponibilité des auditeurs. Il n’y a plus de malédiction : pendant qu’ils sont derrière leur PC, leur iPhone ou leur iPad, les inter/mobinautes peuvent aussi écouter la radio, et partager son univers. C’est là qu’il faut donc « attaquer ». Médiamétrie a d’ailleurs repéré un « pic d’audience » de la radio sur le web :

(il) se situe entre 11h15 et 11h30, (…) preuve  -s’il en était besoin- que la consommation des internautes renforce la consommation plus classique de la radio.

Après la ménagère de moins de 50 ans, la nouvelle cible que les radios chouchouteront sera-t-elle… l’employé de bureau ?

>> Article initialement publié sur My Conseils

>> Illustrations FlickR CC : danmachold, George Ferris

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“On air-on sale” : the Britney Strategy http://owni.fr/2011/01/18/on-air-on-sale-the-britney-strategy/ http://owni.fr/2011/01/18/on-air-on-sale-the-britney-strategy/#comments Tue, 18 Jan 2011 14:43:41 +0000 Loïc Dumoulin-Richet http://owni.fr/?p=29653 Il paraît qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire… On va dire que c’est vrai, et que les major prennent l’expression au pied de la lettre.

Universal et Sony Music viennent en effet d’annoncer la mise en place d’une stratégie “on air on sale”, qui verra la mise en vente des nouveautés sur les plateformes de téléchargement sitôt leur première diffusion radio. Vous trouvez aberrant que cette pratique ne soit pas déjà en place à l’heure de l’immédiateté induite par internet ? C’était (c’est) pourtant le cas.

Combien de titres ont vu leurs performances amoindries par une date de sortie trop tardive par rapport à la mise en radio ? David Joseph, DG d’Universal au Royaume-Uni, l’explique assez clairement :

“Attendre” ne veut rien dire pour la génération actuelle. C’est complètement dépassé de croire que l’on peut créer de l’attente autour d’un titre en le jouant à la radio plusieurs semaines avant sa sortie effective.

Traditionnellement, un disque est mis en radio six semaines avant sa sortie, avec entre-temps la diffusion du clip vidéo qui l’accompagne. Utile pour éveiller l’intérêt du public sur un titre ou un artiste à faible notoriété initiale, ce système perd toute sa pertinence dans le cas des artistes stars capables de mobiliser leur fan base en quelques heures.

L’excitation et la frénésie d’achat générées par les passages télé aux heures de grande écoute, les candidats de l’émission anglaise X Factor ont été parmi les premiers à en bénéficier. En rendant disponible au téléchargement le single de Matt Cardle, le gagnant 2010, dans les minutes suivant son sacre devant près de 22 millions de téléspectateurs fin décembre, Sony ne s’y est pas trompé. C’est pas moins 439 000 exemplaires de la chanson qui se sont écoulés au cours de la semaine suivant la victoire, dont 112 000 dans les premières 24h, faisant de When We Collide (reprise de Biffy Clyro) le deuxième titre le plus vendu de l’année… en deux semaines (juste en dessous de 800 000 ventes).

Une stratégie moins bien pensée dans la même émission pour le groupe Take That quelques semaines plus tôt a renforcé l’évidence de la politique “on air on sale”. Le groupe s’est en effet produit dans l’émission pour son grand retour, mais une semaine avant la sortie de son single The Flood. Mauvaise idée, alors qu’il aurait fallu rendre le titre disponible immédiatement, pour capter les téléspectateurs désireux de l’acheter dans la foulée de la performance. Résultat, les internautes ont eu une semaine pour se procurer la chanson illégalement (ce qui s’avère être d’une simplicité extrême) et The Flood n’a pu faire mieux que se classer second des charts, alors qu’il était l’un des plus attendus de l’année.

Mais la première star internationale à profiter de cette stratégie et à en valider de fait le principe n’est autre que Britney Spears. Son nouveau single, Hold It Against Me, était annoncé pour le 11 janvier dernier. Sauf que, comme c’est souvent le cas avec les “gros” singles, il s’est retrouvé sur internet dès le 10. Qu’à cela ne tienne, Sony s’est empressé de le rendre disponible sur iTunes dans les heures qui ont suivi, et la réactivité a payé. Le single était en effet numéro un des ventes sur iTunes dans pas moins de 17 pays quelques heures à peine après sa mise en vente. Il est bon de noter que le seul territoire à avoir attendu une semaine pour rendre le titre disponible sur iTunes est… le Royaume-Uni ! Réactivité limitée pour nos amis britanniques certes, mais réactivité tout de même puisque Hold It Against Me devait initialement sortir… en février, en concurrence frontale du nouveau single d’une certaine Lady Gaga.
Le problème ne semble donc pas être la réticence du public à dépenser un euro/une livre/un dollar pour acheter une chanson, mais plutôt le refus d’attendre pour la posséder.

La Featured Artist Coalition, syndicat d’artistes britanniques regroupant plus de 1500 membres parmi lesquels Annie Lennox et Kate Nash, s’est félicité de l’avancée que représente la “on air on sale strategy” pour eux :

Nous accueillons avec satisfaction la décision de plusieurs majors et labels indépendants de faire coïncider les dates de mise en radio et de mise en vente des singles. Nous militions depuis plusieurs mois pour que cette décision prenne effet. Nous pensons que les artistes verront leurs ventes augmenter, et diminuer les effets du téléchargement illégal étant le fait des fans souhaitant acheter la musique dès qu’ils l’entendent. Enfin, les charts reflèteront plus fidèlement le comportement des consommateurs.

Ceux-ci risquent en effet de voir leur physionomie quelque peu modifiée. Traditionnellement, dans les classements britanniques, un titre atteint sa meilleure position en première semaine, conséquence d’une campagne marketing entamée plusieurs semaines en amont. Avec les nouvelles dispositions prises par les majors on peut imaginer plusieurs cas de figure.

Le premier bénéficiera aux nouveaux artistes pour lesquels la notoriété du titre n’est pas immédiate. Sortir le single dès la mise en radio permettra aux précurseurs de le posséder avant le grand public, les détournant ainsi des liens de téléchargement illégaux qui apparaissent plus ou moins simultanément à la première diffusion. La disponibilité du titre tout au long de la campagne marketing offrira l’opportunité de gagner de nouveaux fans tout au long de celle-ci.

Lorsque la phase d’exposition au plus large public potentiel sera atteinte (avec les grosses rotations radio, la promotion télévisée, les campagnes de RP dans les publications papier et les blogs…) les ventes augmenteront significativement pour atteindre la “peak position” tant convoitée.
C’est exactement l’approche qui a été choisie avec celle dont tout le monde parle depuis quelques semaines, la britannique Jessie J. Le single, lancé en décembre alors que le buzz commençait seulement à prendre forme, s’est hissé jusqu’à la 25ème place des charts, avant de végéter quelques semaines. Puis début janvier les choses se sont accélérées pour l’artiste : lauréate du fameux “Sound of 2011 de la BBC (la première radio britannique) consacrant les musiciens au plus fort potentiel durant les mois à venir ainsi que du Critics’ Choice Award aux prestigieux Brit Awards, sa notoriété a explosé et conséquemment, Do It Like A Dude a atteint la seconde place des classements britanniques.

Le journaliste britannique Peter Robinson, qui écrit pour le Guardian et tient le blog Popjustice soulève un autre point intéressant.
Les radios arrêteront-elles de jouer un titre, dès que les chiffres de ventes s’avèreront mauvais ? Si oui, cela annule-t-il l’intérêt de faire coïncider date de sortie et date de mise en radio ? Les six semaines d’exposition en radio avant la sortie n’étaient-elle pas utiles pour faire découvrir et aimer un titre au public ? La stratégie “on air on sale” ne favorise-t-elle pas les hits instantanés au détriment des chansons qui prennent plus de temps à séduire (les “growers”) ? D’autre part, les “growers” existent-ils vraiment de fait où faisait-on face à des titres qui finissaient par convaincre les gens,ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils sont “bons”. Rien de tout cela n’est sûr, mais ce qui l’est, c’est que les radios seront sans merci avec les gros artistes comme les petits lorsqu’il s’agira de lâcher un titre qui ne fonctionne pas immédiatement. Prenons un exemple : “Well Well Well” de Duffy est jouée pour la première fois un dimanche soir, et sort simultanément sur iTunes. Il stagne à la 35ème place des charts le mardi, les radios arrêtent donc de le jouer le mercredi, et le titre disparaît des charts. Au bout de trois jours de campagne marketing, celle-ci est morte est enterrée, l’album et l’artiste avec.

La stratégie “on air on sale” semble donc capable de secouer considérablement la commercialisation de la musique, tant pour les gros artistes que les débutants. Il est bon de rappeler qu’iTunes a fêté ses dix ans il y a quelques jours, soulignant d’autant plus le manque de réactivité des acteurs majeurs de l’industrie de la musique enregistrée. S’il semble à première vue que cette stratégie n’a de pertinence que pour les gros artistes, on peut espérer qu’elle permette à un grand nombre de musiciens moins exposés ne pouvant se permettre d’être piratés dès l’apparition d’un titre sur internet de construire des succès moins immédiats mais plus solides. Et pourquoi pas d’espérer atteindre le sacro-saint top 40 du dimanche après-midi

Lectures conseillées : Popjustice, The Guardian Music Industry

Crédit photos : FlickR CC imaprile; NRK P3 / Stéphane B.

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http://owni.fr/2011/01/18/on-air-on-sale-the-britney-strategy/feed/ 0
Les radios associatives au cœur de la numérisation du média http://owni.fr/2010/11/04/les-radios-associatives-au-coeur-de-la-numerisation-du-media/ http://owni.fr/2010/11/04/les-radios-associatives-au-coeur-de-la-numerisation-du-media/#comments Thu, 04 Nov 2010 17:44:48 +0000 Julie Heurtel http://owni.fr/?p=34692 Il était une fois un pays où près de 600 des 775 radios émettant en FM étaient des radios différentes. Les “associatives” en France sont les “communautaires” d’ailleurs. Elles sont ces radios faites par des citoyens passionnés, engagés, motivés. Elles s’adressent à n’importe quel humain doué d’oreilles enclines à goûter une écoute différente en tous points : sujets et approches, forme et fond Pourquoi donc les associatives doivent-elles se préoccuper de la diffusion numérique (alors qu’elles ont souvent bien d’autres soucis à régler et projets à mener au quotidien) ?

La Confédération nationale des radios associatives (CNRA) a récemment publié un communiqué réaffirmant son positionnement en faveur d’un “lancement immédiat de la Radio Numérique Terrestre (RNT)”. En mai dernier à Nantes, lors du congrès du Syndicat national des radios libres (SNRL), le Groupement des radios associatives de la métropole nantaise (Gram) était à l’origine de la première expérimentation concrète de radiodiffusion numérique terrestre multinorme. Qu’est-ce que les associatives ont donc bien à faire d’une réforme aux abords technicistes et aux conditions qu’on a dit au départ diligentées par les grands médias commerciaux ?

Le débat sur l’avenir numérique de la radio et sa déclinaison en France est éminemment politique. Le média n’a sûrement pas subi de telles tensions et enjeux depuis les folles années des radios pirates et le processus de régularisation qui en a suivi. Éléments cruciaux du paysage radiophonique français, les associatives ont également leur mot à dire quant à ce tournant numérique attendu.

Des radios de caractère inouï

Les radios associatives sont un acquis social. Comme toutes les radios privées, elles sont nées d’une lutte menée par ceux qui revendiquaient une nouvelle liberté de ton et de parole, que ne permettait pas la radio publique nationale.

Mais à la différence de leurs consœurs commerciales, les associatives sont restées attachées à la vocation d’un service échappant à la logique de marché. Elles revendiquent un pluralisme et une diversité qui n’ont pas forcément leur place sur des antennes installées dans un équilibre commercial. Cette volonté d’autonomie affirmée par rapport à la sphère marchande les insère cependant dans un système de dépendance envers les subventions qui les financent.

La première d’entre elle est la subvention de fonctionnement versée par l’État via le Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER), principale ressource de la plupart des radios associatives. Les recettes publicitaires dont elles peuvent bénéficier sont limitées à 20% de leur budget annuel. Pour le reste, il faut gratter ailleurs : collectivités locales, programmes d’échanges, emplois mutualisés…

Leur statut en droit français est la base juridique de leur spécificité. On reconnaît aux radios associatives un caractère différent, traduit par leur capacité à exercer une mission de “communication sociale de proximité” (selon la loi n° 2000-719 du 1er août 2000), qui revêt un caractère d’intérêt général indéniable. De ce statut, décrit sous la classification “radio de catégorie A”, les associatives peuvent donc revendiquer un droit à exister et avoir une place sur la bande FM.

Rester un média indispensable à l’ère du numérique

Le statut des associatives résulte de leur capacité à accomplir cette mission. On parle bien d’un média, soit d’un moyen de communication qui s’adresse à un public. Ici à des auditeurs. Le soutien aux associatives a un sens tant que celles-ci demeurent les opérateurs les plus à même d’exercer cette mission de communication sociale de proximité. Si le média perd cette occurrence avec un ensemble d’auditeurs, il perd son sens. Si leur audience se disloque trop, qu’auront-elles de plus à revendiquer qu’un blog ou qu’une webradio ?

La dernière enquête sur les pratiques culturelles des français menée par le Ministère de la Culture le montre : la pratique d’écoute de la radio traditionnelle recule. Les générations les plus jeunes sont les plus touchées. Ces “digital natives”, nés dans un univers médiatique numérique et multimédia, n’ont plus le réflexe radio que pouvaient avoir leurs aînés. Cela ne sonne pas le glas de la radio, mais chamboule la conception traditionnelle qu’on en avait.

Le numérique terrestre, ce débat trop technique

Il faut concevoir l’écoute, et donc la diffusion autrement. La radio est un média maîtrisé, sa technique simple, pour l’émission comme la réception, a fait d’elle ce média populaire. La réaction des associatives par rapport au numérique est conditionné par cet état de fait. La RNT a fait peur, accueillie à grands cris comme une réforme de technocrates. Pourquoi changer un système qui marche et dont on comprend les rouages ?

C’est d’abord la norme choisie qui avait rafraîchi la bonne volonté des opérateurs. Sous la pression des grands groupes commerciaux, le gouvernement avait opté pour l’adoption du T-DMB. Cette norme venue de Corée du Sud est un standard audiovisuel conçu pour la télévision mobile. Les uns y avaient vu une opportunité de séduire davantage d’annonceurs si l’image pouvait être rajoutée aux encarts publicitaires diffusés.

Cependant le choix d’une norme qui ne soit pas dédiée au média ostracise alors la France quand ses voisins européens se sont tous prononcés pour une norme DAB puis DAB+. Aujourd’hui, les grands groupes de média qui avaient défendu cette norme ne voient plus l’urgence du numérique et font traîner l’évolution, tandis que les partisans de la RNT prennent unanimement position en faveur du DAB+.

La transition ne pourrait s’effectuer que si les associatives étaient aidées. L’investissement nécessaire à ce nouveau mode de diffusion ainsi que les années de transition où une double diffusion FM-RNT (“simulcast”) d’ores-et-déjà envisagée, représentent des coûts qui seraient fatales aux associatives si elles n’étaient pas soutenues financièrement.

Des acteurs perplexes

Au-delà de cette préoccupation financière, certaines des radios associatives réunies dans le collectif Radios libres en lutte ne croient simplement pas en l’intérêt du numérique. Les apports du numérique ne sont à leurs yeux pas assez novateurs pour pousser les associatives à plébisciter ce changement. Dans ce mouvement qui réunit les plus engagées et les plus indépendantes des survivantes de 1981 (Fréquence Paris Plurielle, Radio Canut, Aligre Fm, Canal Sud…), on regrette le choix d’une technologie qui sans être révolutionnaire les dépossèderait d’un média dont les processus de production étaient simples et intégrés.

On pense notamment ici aux multiplexages nécessaires avec les normes dérivées du DAB pour permettre la diffusion. La récente expérimentation du Gram a prouvé la plausibilité d’une organisation entre associatives pour le financement et la gestion d’un multiplexeur, ce qui soulèverait une partie du problème, pour les urbaines tout au moins. Aujourd’hui, les radios du collectif se disent toujours en lutte bien que leurs actions se font plus rares vu le marasme qui entoure le passage à la RNT en France.

Il faut reconnaître que les atouts de la RNT ne sont pas les mêmes pour tous les opérateurs. La RNT permettrait un accroissement de l’offre dans les métropoles saturées. Pour des associatives souvent titulaires de demi-fréquences (Néo à Paris, FMR à Toulouse), la RNT offrirait l’opportunité d’une intensification de l’activité vers du plein temps. Cependant, le système de multiplexage est inenvisageable dans les contrées rurales, au point que les partisans de la RNT prônent désormais un système multinorme, utilisant de manière complémentaire le DAB+ et le DRM+ pour une couverture totale du territoire.

La radiodiffusion numérique terrestre, défendue par le CSA et aujourd’hui la grande majorité des organisations de radios associatives, est un modèle tendant à préserver un système proche de l’actuel : des pratiques semblables tout en propulsant le média dans une qualité d’offre et d’écoute adaptée aux standards numériques. Elle permettrait de maintenir un système de régulation où les associatives bénéficient d’une place au soleil, bien qu’il n’y soit pas toujours à son zénith.

La RNT, un cadre de réflexion

Les farouches réactions qui se sont fait entendre autour du projet de déploiement de la RNT résultent surtout du fait que des considérations techniques, certes essentielles, ont pris le pas sur un questionnement plus profond quant à l’avenir du média. La radio numérique terrestre permet surtout de préserver un système et ses régulations : une diffusion hertzienne de programmes accessibles gratuitement, un CSA qui a la maîtrise des fréquences, et une pratique d’écoute via un procédé similaire aux transistors FM. Le système actuel qui permet ainsi une place pour les stations associatives et la légitimité de leur financement serait ainsi prolongé. Les autres évolutions possibles ne réunissent pas ces conditions.

Le développement anarchique des webradios nécessiterait une reconsidération du moyen de contrôle du CSA et conditionne également la pratique de l’écoute de média à l’abonnement à un service internet, contrairement à la RNT qui reste basée sur l’utilisation gratuite de ce bien public qu’est la ressource hertzienne. La radio IP, prônée par le président de Skyrock Pierre Bellanger, est un modèle basé sur le ciblage des auditeurs, ambition à vocation commerciale radicalement contraire à l’esprit des associatives.

Le numérique satellitaire, modèle choisi aux États-Unis, implique également que l’auditeur soit abonné. Quant aux offres radios des opérateurs de téléphonie mobile, elles sont considérées comme la plus grande menace au média. Le développement d’une écoute de la radio via les téléphones mobiles doterait les opérateurs d’un pouvoir de décision quant à l’offre proposée, se substituant ainsi au CSA dans son rôle régulateur. On imagine peu de radios non commerciales réussir à s’immiscer dans un tel système.

Les modèles numériques proposés sont nombreux. Ils sont potentiellement compatibles, ainsi que l’avance le CNRA dans le communiqué évoqué précédemment. Du point de vue des associatives cependant, seule la RNT peut prétendre permettre une subsistance de leur situation. Aux radios, et aux associatives notamment, de se saisir de cet enjeu d’évolution technologique et de repositionnement du média pour développer une nouvelle forme de radio.

Une réflexion sur le statut de média associatif local est cruciale. Les associatives ont cette chance de pouvoir bénéficier d’un ancrage local fort, toutes insérées qu’elles sont au sein de tissus associatifs et socio-culturels. La FM n’est à moyen terme pas directement menacée d’extinction. Ceux qui ont la chance d’y avoir une fréquence sont ceux qui doivent réfléchir à comment occuper cette place aujourd’hui pour que leur présence ait encore un sens demain.

Crédits photo cc FlickR : id-iom, 3n, joeybaltimore, A. Germain.

Article initalement publié sur Syntone.

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Les territoires radiophoniques de l’analogique au numérique http://owni.fr/2010/10/11/brouillages-les-territoires-radiophoniques-de-lanalogique-au-numerique/ http://owni.fr/2010/10/11/brouillages-les-territoires-radiophoniques-de-lanalogique-au-numerique/#comments Mon, 11 Oct 2010 13:19:06 +0000 Samuel Ripault (Pali Meursault) http://owni.fr/?p=31029 Alors qu’il s’est assoupi pendant de longs mois, le laborieux débat français sur la radio numérique terrestre (RNT) ne va pas tarder à se réveiller… Espérons qu’il n’aura pas les yeux tout collés. C’est en effet pour les prochains jours/semaines que sont attendues les conclusions du troisième rapport sur la RNT commandé par l’actuel gouvernement, à l’ancien directeur de France Culture (entre autres titres) David Kessler. Avant que nous ne fassions un point plus pragmatique sur la situation politique, il nous a paru intéressant de diffuser une communication inédite de Samuel Ripault (Pali Meursault) prononcée au colloque “Vers la Post Radio” organisé par le GRER en 2009 à Paris. Brouillages – Les territoires radiophoniques de l’analogique au numérique déplace le débat du passage d’une technologie à une autre – en l’occurrence de l’Analogique des ondes modulées au Numérique aujourd’hui sur le web et peut-être un jour hertzien – sous l’angle inattendu des enjeux esthétiques et sociaux. Ce qui s’annonce avec l’abandon programmé de la FM, n’est-ce pas la fin de la radio comme espace public ?

Poser aujourd’hui la question de la radio numérique terrestre revient à interroger les usages d’un dispositif qui n’existe pas encore. Tâche d’autant plus ardue que, comme nous avons pu l’entendre au cours des discussions du présent colloque, ce que nous appelons “Radio” ne recouvre pas la même définition pour tout le monde, selon que l’on parle de dispositions techniques, de structuration légale ou de création sonore. En somme il s’agit de parler soit des modalités d’accès aux contenus radiophoniques, soit de la qualité radiophonique des contenus, mais il semble difficile d’avoir une vision transversale. À travers ces multiples points de vues aussi bien qu’à travers la multiplication des plateformes, il n’est pas garanti que l’avenir de la radio soit celui d’un seul dispositif médiatique, dont l’homogénéité serait maintenue par l’idée d’une “radio augmentée”, qui préserverait nos habitudes d’usagers de la radiodiffusion tout en empruntant à l’Internet ses possibilités multimédias et hypertextuelles.

Aussi, afin de comprendre les enjeux que recouvrent les mutations actuelles de la radio, il me semble important de commencer par interroger les paradigmes et les discours qui structurent, en deux dispositifs distincts et en deux manières de concevoir la communication médiatique, d’un côté, la radio analogique et, de l’autre, les réseaux numériques, plus précisément, la Radio FM et le Web.

Radio-instrument

La migration de la radiodiffusion vers le numérique ne constitue pas seulement un apport de nouvelles possibilités en terme d’accès à des contenus, mais signe aussi la disparition d’un ensemble d’éléments qui caractérisent la transmission analogique : brouillages, parasites, espaces laissés en friche sur les bandes de fréquences, versatilité de la captation hertzienne… Autant de particularités qui, tout en pouvant être considérées comme inutiles pour l’accès à des programmes, n’en constituent pas moins une part importante de la radio que nous connaissons. Autant de particularités qui, sans aucun doute, auront imprimé leur marque, tant sur nos usages d’auditeurs que sur notre “imaginaire radiophonique”.

Les progrès de la technologie analogique ont permis, dans une certaine mesure, de masquer ces perturbations indésirables, mais peut-être sans jamais nous ôter tout à fait de la tête que la radio, c’est quelque chose qui commence par grésiller. En parallèle de cette histoire-là, les artistes et les musiciens du 20e siècle se sont réapproprié la radio : non seulement en tant que dispositif de diffusion et de productions sonores, mais aussi en faisant du poste récepteur lui-même un véritable instrument, avec sa “gamme” particulière. Au début des années 50, la démocratisation du transistor ayant rendu les postes plus faciles à manipuler, ceux-ci trouvèrent leur place dans les orchestres de John Cage ou de Karlheinz Stockhausen, les sources sonores radiophoniques devenant une matière à part entière, voix ou parasites au même titre, réunis dans une même plasticité.

Cette “plasticité” particulière de la radio-instrument ne constitue pas la simple introduction d’un nouveau registre de bruits électroacoustiques dans la musique : à travers la captation radio, c’est d’abord un nouveau registre de gestes musicaux que Stockhausen introduit dans les partitions de pièces comme Spiral ou Kurzwellen, avec l’intention de développer un rapport “intuitif” à l’interprétation. De même, chez Cage, ce sont les possibilités d’aléatoire qui motivent son utilisation de la radio. Il l’explique dès 1951, à propos de sa pièce pour radio de 1951, Imaginary Landscape No.4, par la possibilité d’aller plus loin dans sa recherche sur l’indétermination qu’il n’avait pu le faire dans Music of Changes.

Matière radiophonique

Si la radio-instrument a perduré dans la musique contemporaine, en véhiculant une esthétique particulière liée au brouillages et aux bruits parasites, elle témoigne également d’usages fondamentalement extra-documentaires du dispositif radiophonique, et rendus possibles par le médium radio lui-même. Autrement dit, des usages de la radio qui ne soient pas réductibles à la seule question des contenus radiophoniques et de leurs modalités d’accès. L’approche musicale du médium radio dans la musique contemporaine nous engage, plus largement, à considérer la diversité de la matière radiophonique. Ainsi, chez Cage, brouillages et programmes, au plus près de la réalité physique de la technologie hertzienne, sont les variations d’intensité d’un signal, et deviennent, dans la composition, les variétés de registre de la radio-instrument.

Plus récemment, des musiciens comme Keith Rowe ou Lionel Marchetti ont repris à leur compte cet usage musical de la radio, explorant les ondes afin de créer des paysages fictifs, peuplés de voix fugitives, brouillées ou incertaines, captées au hasard d’un moment . Il ne s’agit plus ici de venir perturber les règles classiques de la composition ou de l’interprétation, mais de solliciter une dimension dramatique, esthétique et poétique de l’écoute radiophonique, qui est déjà présente dans nos usages et ancrée dans nos cultures d’auditeurs, et que viennent solliciter les compositions de Marchetti ou les improvisations de Rowe. De fait, nul besoin d’être musicien pour avoir fait l’expérience d’un tel usage de la radio, qui ait d’avantage à voir avec la dérive qu’avec la consultation d’un programme : on s’est déjà tous amusé à suivre les modulations du signal, comme on visiterait un espace à la fois familier et imprévisible au gré des fréquences, que se soit par plaisir, pour tester le matériel ou pour jouer au blind-test…

S’il reste légitime de définir la radio à travers ses programmen frichees et ses contenus médiatiques plutôt qu’à travers les imperfections de la transmission hertzienne, l’absence de brouillage dans les modalités d’accès aux médias numériques permet cependant de faire une distinction entre la captation d’un signal par la radio analogique et la consultation d’un contenu, qui s’apparente d’avantage à nos usages documentaires des réseaux numériques. Cette première différenciation entre deux modes de réception médiatique, deux dispositifs qui tout en pouvant véhiculer un contenu identique impliquent des usages spécifiques, va nous permettre de distinguer, entre la radio analogique et les réseaux numériques du Web, deux manières de structurer l’espace de la communication médiatique et deux manières d’y “naviguer”.

Le paysage de la radio analogique

Au-delà d’une pièce qui, par nature, n’est jamais deux fois la même, la reprise d‘Imaginary Landscape No.4 plus de 50 ans après sa création révèle les transformations plus générales du paysage technologique, médiatique et social : les radios ne diffusent plus la même chose et plus de la même manière. C’est peut-être ce terme de “paysage”, tel qu’il apparaît dans le titre même de la pièce de Cage, qui permet le mieux de qualifier l’espace médiatique de la radio analogique.

Les partitions de Cage pour Imaginary Landscape No.4, Speech ou Radio Music reposent sur l’aléatoire de la captation, utilisant voix, bribes musicales ou perturbations électrostatiques au même titre, et le “paysage imaginaire” se dessine au gré du parcours hasardeux des interprètes parmi les voix, bribes musicales ou perturbations présentes sur la bande. Avec l’exemple de ces pièces, on peut se représenter la bande des fréquences radios comme une étendue continue, dont les variations d’intensité du signal constituent les reliefs. Ici, l’interface du dispositif technologique, sous la forme de la molette du tuner, devient le véhicule qui nous permet de nous déplacer dans le paysage radiophonique : de se promener au fil des fréquences ou de rejoindre le “lieu” particulier d’une station de radio.

L’espace médiatique de la radio analogique a donc sa consistance géographique particulière, elle-même fluctuante en fonction de notre position dans l’espace réel. Essentiellement, le paysage radiophonique que nous connaissons se dessine par une succession de vides et de pleins, signal ou absence de signal, mais il s’agit d’abord d’un espace concret, qui existe avant tout comme l’étendue des longueurs d’ondes : un espace vierge au sein duquel l’enjeu territorial apparaît au moment de sa colonisation par les signaux radiophoniques. De fait, les zones de brouillages, les espaces vides de la radio analogique ne sont pas du “rien” mais plutôt, à proprement parler, des espaces “en friche” dans le territoire radiophonique.

L’assemblage des documents numériques

Depuis longtemps, nous sommes habitués aux discours de promotion du Web, qui nous invitent à naviguer et à “surfer”. À y regarder de plus près, pourtant, cette représentation spatiale masque une toute autre structure des médias en ligne. Contrairement au paysage des fréquences radios, il n’est pas possible d’imaginer sur le Web un espace vide, une friche qui ne comporterait pas de données, car la navigation en ligne ne consiste pas à se déplacer sur la surface des disques durs, mais bien à appeler et à afficher successivement des documents sur son ordinateur. De ce point de vue, la navigation en ligne peut être comprise comme un usage strictement documentaire. Certains sociologues placent d’ailleurs cette “hypothèse documentaire” à la base de l’analyse des usages et des interactions en ligne . Dès lors, le réseau des données numériques accessible par le Web ne se représente pas tant comme un territoire ou un paysage que comme un assemblage, formé par la juxtaposition de contenus documentaires interconnectés, et que nous sollicitons successivement. Sa réalité géographique – ou peut-être “a-géographique” – a ainsi d’avantage à voir avec l’empilement vertical des listes de références des moteurs de recherche qu’avec la continuité horizontale de la bande des fréquences hertziennes.

D’avantage, ce qui distingue ces deux espaces c’est que, là où l’espace concret de la radio analogique préexiste à son occupation par les signaux, l’espace virtuel des contenus documentaires en réseau est constitué par les documents eux-même, et s’étend à chaque nouveau contenu mis en ligne. L’espace du réseau est ainsi virtuellement infini là où, fondamentalement, la bande des fréquences est un espace fini et contraint. À travers ces caractères spécifiques, les espaces médiatiques de la radio analogique et des réseaux numériques apparaissent comme deux représentations différentes du territoire, auxquelles correspondent différents modes d’organisation, de régulation des usages et d’exercice de l’autorité.

Un paysage politique

Le territoire analogique des ondes radio est à la fois continu dans l’espace, permanent dans le temps et variable en fonction du territoire réel. Comme celui-ci, il est aussi un espace fini et limité, et connaît ainsi des enjeux de structuration comparables : c’est-à-dire, en premier lieu, l’enjeu géopolitique de son occupation ou de son abandon, de son appropriation ou de son partage, de son découpage en zones communautaires ou privatisées.

En fonction des bandes de fréquences, l’espace radiophonique se structure selon des modes qui s’apparentent à ceux qui organisent nos espaces de vie en sphères publiques ou privées : espaces publics, partagés ou communautaires de la CB et des Ondes Courtes, espaces institutionnalisés ou privatisés des fréquences AM ou FM. Le paysage hertzien (c’est aussi valable pour la télévision) est à la fois économique dans la mesure où il se dessine en fonction des capacités d’accès aux technologies d’émissions, et politique dans la mesure où une autorité procède au partage du territoire médiatique et à son contrôle, à son découpage et à sa distribution en parcelles, adaptant ses outils législatifs en fonction des territoires réels couverts par chaque mode d’émission.

Cette structuration législative du territoire médiatique n’apparaît cependant pas d’emblée pour l’auditeur de la bande FM, qui peut, dans la mesure déterminée par les outils technologiques dont il dispose, accéder indifféremment à n’importe quel signal. Ici la captation radiophonique se distingue encore de la consultation du Web, qui implique éventuellement une confrontation avec le cadre légal dans le cas de sites réservés ou protégés, de contenus payants, de sites interdits aux mineurs, etc. Le cadre légal de la radio concerne seulement les producteurs des signaux émis, et c’est en se réappropriant les technologies d’émissions de manière artisanale que certains artistes permettent d’en mettre à jour les enjeux territoriaux.

La radio comme espace public

Ainsi, lorsque Tetsuo Kogawa ou John Duncan se réapproprient localement les bandes hertziennes de la radio FM ou de la télévision pour diffuser leur œuvres, ils viennent ainsi éprouver la consistance politique du dispositif médiatique, ils en font réapparaître les enjeux proprement territoriaux et la structuration légale. À Tokyo, au milieu des années 80, les diffusions de Duncan prenaient ainsi la place de la télévision nationale à la fin des programmes, au cours de performances limitées à l’échelle d’un quartier et ne dépassant jamais 12 minutes afin d’échapper à la police. De telles interventions se situent à la fois dans l’héritage activiste des Radios Libres et en filiation avec une histoire du happening : infiltrant simultanément l’espace public et l’espace médiatique. Avec elles, on est tenté de faire un parallèle entre les paradigmes qui structurent l’espace public et ceux qui composent le paysage des médias analogiques : d’un côté comme de l’autre s’établit une distinction claire entre la production de l’espace, qui se soumet à une autorité, et l’usage de ce même espace, qui est déterminé par une norme. Les diffusions pirates de Duncan ou la fabrication artisanale des micros-émetteurs de Kogawa  ne permettent de révéler et de questionner cette autorité que dans la mesure où elles sont, littéralement, des productions d’espaces, et font basculer l’usager du côté de la production.

Avec l’apparition des Radios Libres au milieu des années 70, la remise en cause de la constitution hégémonique du territoire radiophonique à travers les monopoles d’états comportait les mêmes enjeux de réappropriation des dispositifs de production médiatiques. Par la suite, la pensée libertaire qui animait les premières Radios Pirates s’est en quelque sorte dissolue dans la libéralisation de la bande FM, mais elle portait avant tout cette nécessité de réappropriation des moyens de production et de réouverture des espaces médiatiques que Duncan ou Kogawa ont ensuite repris à un niveau micro-politique.

Les histoires de Radio Alice à Bologne, puis de Radio Tomate à Paris, relèvent bien d’enjeux territoriaux : les incursions dans l’espace médiatique y sont inséparables des actions menées dans le territoire politique et social (occupations de l’espace public, squatts, manifestations…). Mais pour Félix Guattari et Franco Berardi, le “travail révolutionnaire des Radios Libres” était avant tout un processus de “déterritorialisation . Il ne s’agissait pas d’opposer une “contre-hégémonie au discours médiatique dominant ”, contenu contre contenu, mais de “provoquer le processus de déstructuration du système médiatique par la prolifération des sujets d’énonciation”. C’est-à-dire de substituer aux représentations monopolistiques ou privatisées du territoire une conception de la radio comme véritable espace public, dont une technologie démocratisée permet de se réapproprier les modalités d’accès.

À travers cette multiplication des sujets d’énonciation producteurs de l’espace médiatique, Berardi voit se dessiner, dans une perspective “rhizomatique”, la préfiguration de “la réalité techno-nomadique du réseau”. Au-delà de la différenciation entre deux dispositifs communiquant, il y aurait donc une filiation de l’un à l’autre : les réseaux numériques permettant d’occuper une position d’énonciation dans le territoire médiatique que la radio n’avait pas su offrir. Mais il reste à savoir comment les conditions d’exercice de l’autorité sur la production médiatique vont, à leur tour, se reterritorialiser dans le réseau, c’est-à-dire comment un nouveau paradigme technologique va se reconfigurer, déterminant la place et le statut de l’énonciation en ligne.

Internet ou la communication des sphères privées

Pour bien comprendre ce changement de discours, il est particulièrement intéressant de regarder du côté des mouvements activistes et subversifs. C’est en effet au fil de l’histoire qui va des Radios Libres à l’émergence des hacktivismes en ligne que la filiation apparaît le plus clairement. Une parenté directe qui a permis aux acteurs de ces mouvements de prendre la mesure des changements structurels et paradigmatiques du territoire médiatique, sans doute bien avant que les sphères institutionnelles ne se penchent sur le sujet.

Ainsi, les artistes du Critical Art Ensemble ont analysé dans leurs ouvrages manifestes parus au cours des années 1990 la manière dont, à son tour, le pouvoir devenait nomade, et se reterritorialisait dans la réalité fragmentaire du réseau. Pour eux, si les forteresses des pouvoirs traditionnels centralisés ont maintenues leur permanence symbolique, elles sont en réalité devenues des autorités diffuses et invisibles, s’incarnant dans un modèle organique. Les possibilités subversives d’infiltration de l’espace médiatique doivent elles aussi changer de forme, délaissant les champs de batailles du territoire radiophonique pour devenir des “virus” informatiques.

Dans les représentations idéalisantes qui viennent structurer le Web, l’enjeu n’est plus celui de la propriété du territoire médiatique, ni celui de la maîtrise des moyens de production. En reprenant l’hypothèse d’une constitution documentaire du Web, on peut avancer que le territoire médiatique du réseau se structure précisément sur la capacité de chacun à être un sujet énonciateur dans le réseau, c’est-à-dire à être co-producteur de l’assemblage documentaire et du territoire médiatique lui-même. Dans l’espace infiniment extensible du réseau, la propriété est ainsi postulée dans les conditions mêmes d’accès au territoire médiatique, chacun devant être avant toute chose propriétaire de son “adresse” et de son “domaine” en ligne.

Dès lors, la fonction de l’autorité régulatrice a bel et bien changée, là où il s’agissait, dans l’espace de la radio analogique, de partitionner un espace ouvert en zones privatisées, elle a désormais pour fonction de déterminer et d’organiser la communication entre des sphères privées. Idéalement, la loi s’efface derrière un principe d’auto-régulation, incarné en chaque point du réseau. Et dans les faits, les enjeux de légalité se déplacent vers la question de l’intégrité des identités en ligne et de la propriété intellectuelle des contenus.

Post-radio ?

Finalement, il semble qu’avant de se pencher sur la question de l’évolution des contenus d’un dispositif médiatique il soit nécessaire de s’interroger sur les régimes d’énonciation que celui-ci rend possible. De ce point de vue, la question radiophonique, à travers l’ensemble de ses dispositions médiatiques, de la FM aux ondes courtes, des Webradios à la RNT, devient peut-être celle de la pluralité des places et des statuts que la radio est à-même d’accorder à ceux qui parlent et à ceux qui écoutent…

Ainsi, la question de la “Post-Radio”, qui deviendrait en quelque sorte celle de la post-énonciation radiophonique, nous engagerait-elle à considérer, par exemple, l’avenir conjoint de la radio numérique et de la bande FM. L’abandon progressif de cette dernière par les médias dominants pouvant augurer, plutôt que sa disparition à d’autres profits, la possibilité de recomposer un véritable espace public radiophonique, propice à la prolifération des sujets d’énonciations, comme l’imaginaient Félix Guattari et Franco Berardi.

Crédits photos cc FlickR : gyst, Zellaby, t0msk, Un ragazzo chiamato Bi, bcostin, smif.

Article initialement publié sur Syntone.

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Even BBC 6 music gets the blues http://owni.fr/2010/04/13/even-bbc-6-music-gets-the-blues/ http://owni.fr/2010/04/13/even-bbc-6-music-gets-the-blues/#comments Tue, 13 Apr 2010 09:18:57 +0000 Anastasia Lévy http://owni.fr/?p=12126

Manifestation devant le siège de la BBC contre la fermeture de 6 music. Photo flickr cc John McGa

L’annonce de la fermeture de la branche musicale “anti-mainstream” de la BBC suscite une forte mobilisation, au sein de la radio mais aussi des auditeurs et des artistes.

Même Gordon Brown soutient cette radio “incroyablement créative et qui sait prendre des risques“. Pourtant, BBC 6 music, branche musicale “anti-mainstream” de la BBC doit bien fermer, au profit peut-être d’un double amputé de la moitié de sa programmation, Radio 2 extra.

En février dernier, Mark Thomson, directeur général de la BBC, annonçait la suppression de la station de radio BBC 6 music, disponible uniquement via médias numériques, pour 2011. Branle-bas de combat au sein même de la radio, et chez les artistes. Dès le lendemain, Ed O’Brien (Radiohead) envoyait une lettre au département stratégie du groupe BBC, dénonçant la fermeture du “seul endroit où on peut entendre des enregistrements archivés de T Rex aux côtés du dernier Midlake“, lieu de culture par ailleurs soutenu par David Bowie, Jarvis Cocker ou encore Lily Allen. La radio, écoutée par près de 700 000 personnes, a pour principe de ne diffuser que des artistes qui ne sont pas “mainstream” : une radio de qualité donc, dans la patrie des Beatles ou de Radiohead, qui en plus de bénéficier d’une programmation exceptionnelle, a le courage de laisser ses platines à des DJs ou son micro à Jarvis Cocker (Pulp), une fois par semaine. La crème anglaise. Conséquence logique, la radio est nommée dans sept catégories dans les Sony awards, les oscars de la radio britannique.

Après deux mois de mobilisation (plus de 170 000 membres pour le groupe Facebook “Save BBC 6 music“, 62 000 signatures pour la pétition), la direction vient d’apporter une réponse qui a au moins le mérite d’être originale : BBC 6 music fermera bien, mais pour renaître sous le nom “Radio 2 extra”, dans un format compressé. Radio 2 extra devrait émettre seulement 12 heures par jour pendant la semaine, compilant les “meilleures émissions” de 6 music, gardant la plupart des mêmes DJs, et playlists. Si ce changement de “marque” devrait faire baisser les coûts (6 music coûte aujourd’hui 6 millions de livres par an), aucun plan de réduction précis n’est annoncé.

Mais cette solution est avant tout un moyen pour Mark Thomson et les dirigeants de la BBC de ne pas perdre la face devant la fronde subie depuis février. Une consultation publique sur la fermeture de la station devrait avoir lieu à la fin du mois de mai. À l’occasion de ce changement de nom, BBC 7 deviendra Radio 4 extra. Rien n’a en revanche été annoncé pour BBC Asian network dont la fermeture avait été annoncée en même temps que celle de 6 music.

Pour exemple, pendant la rédaction de cet article, j’ai écouté BBC 6 music, et donc John Cooper Clarke et Dan Sartain. God save BBC 6 Music.

Le site de BBC 6 music

Groupe Facebook “Save BBC 6 music” ; signer la pétition

Site d’Anastasia Levy

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iPad jour zéro http://owni.fr/2010/04/05/ipad-jour-zero/ http://owni.fr/2010/04/05/ipad-jour-zero/#comments Mon, 05 Apr 2010 07:42:03 +0000 Martin Lessard http://owni.fr/?p=11599 Et le Saint IPad fut. Photo CC Flickr djcasti

Et le Saint iPad fut. Photo CC Flickr djcasti

On se réveille un jour et le monde a changé. L’iPad espère créer cette impression aujourd’hui, jour de son lancement. Réflexion autour d’un petit café pour ceux qui sont loin du centre du monde (c’est-à-dire un Apple Store américain).

iPad

L’iPad possède un avantage certain, relève Doc Searls sur son blogue hier : il arrive avec 100 000 applications prêtes à l’emploi. Bien sûr, dit-il, la première version, comme toutes les premières versions (voyez l’iPhone première génération), sera rapidement démodée et ressemblera à une antiquité dans un an.

Cela n’empêche pas les fans de faire la file pour s’en procurer, raconte Michel de Guilhermier, à 1 heure du matin ce matin, sur 5e Avenue à New York, près de soixante personnes étaient déjà en place devant l’Apple Store. Pour les réactions à chaud dans la file ou à l’ouverture des portes, une collection de canaux vidéo en direct saura vous combler, dont celui d’ubiquiste et ineffable Scoble.

Ceci est mon iPad, livré pour vous. iMen!

« iPad, c’est notre technologie la plus avancée dans un appareil magique et révolutionnaire, à un prix incroyable », avait déclaré Steve Jobs au dévoilement en début d’année.

Sera-elle la technologie miracle qui fera consommer le grand public le contenu numérique des médias traditionnels ? Son écran tactile, le WiFi, l’autonomie de la batterie et l’ergonomie de l’acquisition de contenu payant (aka l’App Store) et son bas coût (500 $ US pour le modèle d’entrée) sont autant d’arguments en sa faveur.

Le Kindle, maître incontesté du marché avant la sortie de l’iPad, est maintenant un artefact qui semble avoir appartenu à l’homme du Néandertal. Je crois qu’il y a un momentum sur le marché. Apple, en gonflant l’iPod Touch en iPad (c’est foncièrement le même appareil, mais en plus large), s’avance en terrain connu et décoiffe tous les concurrents actuels.

Est-ce le succès miracle donc ? Je n’ose pas m’avancer. Je crois que l’iPad a toutes les caractéristiques pour révolutionner l’industrie du contenu. Mais en cette matière, ce sont les consommateurs qui décident du marché. Que le produit soit révolutionnaire ou non. On verra avec l’adoption… et la réaction de la concurrence.

Les voies impénétrables d’Apple

Dans la file d’attente, à New York, il y aura Benoît Raphaël, qui pense que Steve Job aurait « peut-être encore mis le doigt sur le point de rupture d’une nouvelle révolution. Mais de quelle révolution parle-t-on ? »

Il a écrit cette semaine, à propos du « frisson irrationnel» qui parcoure l’industrie médiatique « J’ai même entendu (de mémoire) : le web, c’est fini. C’était un mauvais cauchemar. Nous allons pouvoir nous remettre au travail comme avant et vendre nos journaux. L’iPad, c’est le nouveau kiosque à journaux. » (source)

Mais il met un bémol.

Attention à la consanguinité

Avant toute chose, tout comme lui, je suis convaincu que le système de micropaiement offert par le système de l’App Store (déjà présent sur l’iPhone et ayant déjà quasiment avalé toute l’industrie de la musique avec l’iTunes) fera en sorte que les utilisateurs paieront pour du contenu numérique.
C’est en effet un kiosque unique global. L’App Store, qui prendra 30 % de commission au passage (comme c’est déjà le cas pour les applications iPhone), est le seul canal de distribution possible. Une ruée vers l’or ? Apple s’en frottera les mains.

Mais la vraie révolution de l’iPad, comme l’explique Benoît Raphaël, c’est l’interface, pas l’accès au contenu. « Nous sommes passés de l’ère du site web, à celle du portail, puis à celle de l’info liquide. Les supports nomades tactiles signent le retour de l’interface. Une interface qui ressemble à la “vraie vie”, qui nous rapproche des gestes quotidiens… [...] Ce n’est en effet pas tant le contenu que l’on va vendre, que l’usage appliqué à ce contenu facilité par l’interface. » (source)

Mais les médias traditionnels, presse papier et audiovisuel, qui s’empresseront de pousser leur contenu tel quel sur l’iPad seront fort déçus. Le packaging devra être revu sous peine de non-recevoir de la part des usagers. Une interface agréable, comme pour les magazines. C’est que les gens achèteront. Le contenu brut, sans valeur ajoutée, porté tel quel sur l’iPad, comme le contenu qui l’a été jadis sur le web, n’aura pas de valeur.

Ce qui aura de la valeur, comme le suggère Benoît Raphaël, c’est l’hyperconnectivité, les réseaux sociaux et l’interconnexion des datas.

Exemples d’interface iPad, par industrie

- [vidéo] Magazine Wired
- [vidéo] Chaîne spéalisée : Sport Illustrated
- Comic book : Marvel
- [vidéo] Jeu de course : Real Racing HD
- [vidéo] Journal : Wall Street Journal
- [vidéo] Bourse : E*Trade Mobile Pro
- [vidéo] Jeu de table : Scrabble (avec le iTouch)
- [vidéo] Navigation web : Safari
- [vidéo] Courriels : Mail

Mais la rébellion se prépare

Aussi bon soit-il, l’iPad n’arrive pas seul sur un terrain vide : même si Apple contrôle toute la verticalité de son écosystème (de ce qui entre via les App Stores et jusqu’aux périphériques), des joueurs à l’horizontale, nous rappelle Doc Searl, entreront probablement dans le jeu très rapidement avec Android et Sebian (qui sont des OS qui peuvent rouler sur d’autres tablettes).

Ce qui se joue ici est la liberté d’accès au contenu. L’iPad sera sûrement fantastique, mais Apple ne me laissera pas jouer avec ce que je veux et de la façon que je le veux. C’est une prison dorée pour contenu riche.

Billet initialement publié sur Zéro seconde

D’autres points de vue sur l’iPad : Les mirages de l’iPad ; Trouver un jeu de mot avec “iPad”, en guise de titre ; Kind(le) of a(n I)pad : du passé faisons tablette rase ; Apple iPad : analyse d’une déception logique ; La presse court derrière la Tablette comme un canard numérique sans tête

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Couve, Lapoix, Raphaël: le journalisme entrepreneurial en débat http://owni.fr/2010/03/12/couve-lapoix-raphael-journalisme-journaliste-entrepreneur-debat/ http://owni.fr/2010/03/12/couve-lapoix-raphael-journalisme-journaliste-entrepreneur-debat/#comments Fri, 12 Mar 2010 17:23:16 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=9934 Sylvain Lapoix, Philippe Couve et Benoît Raphaël : quelles voies pour le journalisme à l'heure du mediastorm ?

Sylvain Lapoix, Philippe Couve et Benoît Raphaël : quelles voies pour le journalisme à l'heure du mediastorm ?

Benoît Raphaël, Philippe Couve, Sylvain Lapoix : trois journalistes aux profils variés qui ont en commun d’avoir renoncé au statut de salarié d’un média national majeur pour se lancer en indépendant. On parle parfois d’eux comme de “journaliste-entrepreneur”, terme à la mode aux contours flous. Tenter de le définir , c’est nécessairement en venir à la douloureuse question du business model de l’information, secteur en pleine crise. Quitter la romantique image d’Épinal du métier pour mettre les mains dans le cambouis pragmatique de l’économie.
À l’occasion d’une interview croisée à la soucoupe, ils ont échangé leur point de vue sur cette notion.

Journaliste-entrepreneur, est-ce une bonne façon de vous définir ?

Benoît Raphaël : Tout dépend de ce que l’on entend par entrepreneur, si c’est un journaliste qui devient entrepreneur de son propre destin, oui pourquoi pas. J’ai toujours été entrepreneur dans les entreprises dans lesquelles j’ai travaillé. Pour moi, un entrepreneur est une personne qui a une vision d’entreprise dans le média et qui essaye de mener des projets et évidemment de trouver le modèle qui va avec. C’est plutôt un état d’esprit qu’un statut, qui a toujours existé dans les entreprises.

benoit

D'abord cadre dans la PQR, Benoît Raphaël a co-fondé et dirigé la rédaction du Post.fr, site communautaire et participatif lancé en 2007 par Le Monde interactif. Il vient de démissioner de ce post pour explorer ailleurs le journalisme digital et ses modèles économiques. Photo Pierre Meunié.

Après, l’expression “journaliste-entrepreneur” vient de Jeff Jarvis, qui estime que le journaliste doit aussi devenir entrepreneur. Du fait de la fragmentation des contenus et des marques, le journaliste joue sur ce qu’on appelle le personal branding, sa propre marque, il se prend en charge lui-même. Mais il peut très bien le faire au sein d’un média.

Il doit aussi s’intéresser à la technologie, au marketing, à son propre marketing, quelque part se considérer comme un propre média dans le média ou comme un propre média dans le réseau. Comme il s’intéresse à son entreprise, il s’interroge sur son modèle économique. C’est plutôt une évolution par rapport à un environnement, qui fait qu’un journaliste naturellement entrepreneur va se sentir plus à l’aise dans cette démarche.
De ce point de vue, on peut parler de journaliste-entrepreneur. Mais ce n’est pas forcément quelqu’un qui crée une entreprise.

Je ne suis pas producteur d’information actuellement , à part mon blog, qui n’est pas vraiment un média très vaillant. Je ne me considère donc pas vraiment comme un journaliste maintenant.

Par contre, je travaille sur mon personal branding, mais c’est plus dans l’idée de monter des projets. Innover, tout le monde peut, le tout c’est de mettre en pratique. Jeff Jarvis a d’excellentes idées mais il faut passer à la réalisation ensuite.

Diplômé de l'IPJ en 2007, Sylvain Lapoix a travaillé à la rédaction du site de l'hebdomadaire Marianne de décembre 2006 à décembre 2009, où il couvrait la politique et les médias. Légalement, il est désormais chômeur, travailleur occasionnel. Il est à l'origine du Djin, un collectif informel "pour renouveler, développer et défendre le journalisme web". Photo Pierre Meunié

Diplômé de l'IPJ en 2007, Sylvain Lapoix a travaillé à la rédaction du site de l'hebdomadaire Marianne de décembre 2006 à décembre 2009, où il couvrait la politique et les médias. Légalement, il est désormais chômeur, travailleur occasionnel. Il est aussi à l'origine du Djin, un collectif "pour renouveler, développer et défendre le journalisme web". Photo Pierre Meunié.

Sylvain Lapoix : Dans le mot “journaliste-entrepreneur”, ce qui me gêne et me fait peur d’un point de vue social, c’est que cela me rappelle auto-entrepreneur. Faire porter la charge patronale au salarié, c’est dangereux. Si c’est temporaire et que cela donne lieu à une transformation, ça va, mais il ne faut pas que cela s’installe.

En revanche, l’idée que le journaliste soit sa propre entreprise dans le sens où le définissait Benoît Raphaël, avec une conscience de son modèle économique, une prise en main de ses outils de diffusion, le développement d’une marque, donc un marketing, au sens basique du terme, ça me parle déjà plus.
Moi, je suis producteur, et je veux absolument le rester. Cela m’intéresse de participer à des projets, je me définirais donc plus comme un journaliste de projet. Ma collaboration avec Marianne2.fr a été très fructueuse, mais on m’a proposé beaucoup de projets à côté.

Et le fait est qu’avec les technologies qui se développent, avec les demandes qui évoluent et aussi avec les opportunités qui se profilent, je me place plus dans cette posture, c’est-à-dire qu’on collabore ponctuellement sur une idée, pour développer un environnement d’information, un live-blogging, un live-twitting…

Philippe Couve vient de quitter RFI, à la faveur d'un plan social, radio où il a été successivement présentateur, grand reporter, co-chef du service Internet puis animateur de l’Atelier des médias, l’une des premières web-émissions participatives. Actuellement en préavis, il suit une formation qui l'aidera à choisir son statut. Photo Pierre Meunié.

Philippe Couve vient de quitter RFI, à la faveur d'un plan social, radio où il a été successivement présentateur, grand reporter, co-chef du service Internet puis animateur de l’Atelier des médias, l’une des premières web-émissions participatives. Actuellement en préavis, il suit une formation qui l'aidera à choisir son statut. Photo Pierre Meunié.

Philippe Couve :  Je n’ai pas le même positionnement. Aujourd’hui, le Washington Post gagne de l’argent parce qu’il fait de la formation. Avant, les journaux gagnaient de l’argent car ils faisaient des petites annonces. Aujourd’hui, il faut absolument élargir le bac à sable, car si on reste dans le bac à sable du contenu, ça ne marche pas. Vous-même (Owni.fr ndlr), vous développez un média dont l’économie est ailleurs.

Il ne faut plus réfléchir uniquement à “quels contenus je produis pour quel public ?”, mais “qu’est-ce que je sais faire, qu’est-ce que je peux valoriser là-dedans ?” Il faut exploiter nos compétences de journaliste dans d’autres secteurs. Il peut s’agir de la formation, par exemple ou de l’innovation. En tant que médias, nous savons répondre à de nombreuses questions : qu’est-ce que publier, qu’est-ce que c’est une stratégie éditoriale, comment la mettre en oeuvre, comment assumer ses responsabilités juridiques par rapport à ça, comment exister dans les réseaux sociaux, etc. Or beaucoup de personnes se retrouvent éditeur sur le web et n’ont absolument pas la compétence, c’est là que le journaliste intervient aussi. C’est là-dedans qu’il faut trouver un équilibre.

Benoît Raphaël : La diversification existe déjà ailleurs, comme dans la PQR, faire des événements, organiser des voyages, des petites annonces, etc.
Le but du jeu reste de trouver le modèle économique de l’information, on sait qu’elle coûte cher, c’est aussi le sel de la démocratie, même si ça parait démagogique de le dire. Le journalisme n’est pas là pour gagner de l’argent, sinon il faut travailler chez Meetic, des sites de jeu. Il faut élaborer des modèles qui permettent de supporter une activité d’information, qui fait à la fois ta marque et porte des valeurs. Et d’ailleurs cette marque de qualité va te permettre de vendre d’autres choses ailleurs.
Le but d’un média, sauf certains médias verticaux, a toujours été de faire circuler l’information et de nourrir ça. Il faut vraiment que l’activité participe d’un écosystème,
la formation, c’est intéressant mais cela prend du temps, il ne faut pas que ça mobilise les journalistes au détriment de l’information.

Sylvain Lapoix.:  Cela me pose un problème déontologique de gagner ma vie en formant des étudiants, en me disant que ce métier est mort. S’il faut travailler sur les marques, c’est aussi sur la marque des journalistes, je prêche pour ma paroisse bien sûr. Le premier boulot des journalistes, c’est de raconter des histoires. Je ne dis pas que c’est mal d’avoir des activités parallèles, la question que je me pose, c’est moins comment financer de l’info qui se produit à perte que pourquoi les gens à un moment ont cessé de la payer. Où est le dérèglement dans le coût de l’information ? Ce n’est pas si cher que ça.

Philippe Couve : Contrairement à toi, je pense que le vieux modèle est cassé.

Benoît Raphaël : Il n’est pas cassé, il est en mutation, il faut le faire évoluer, on est très romantique en France, on a toujours des visions. Il y a un modèle pour le reportage de fond, Florence Aubenas sort un livre qui est merveilleux, XXI est un modèle qui fonctionne bien aussi. Le problème n’est pas “comment fait le journaliste pour s’en sortir ?” mais “comment fait le journalisme dans son ensemble pour continuer à perdurer ?”. Je pense qu’il y a une information de flux, au quotidien, chaude, avec de la valeur ajoutée, qui est nécessaire, et une information de fond, plus froide. Pour la fabriquer, il faut un journalisme, et le journaliste est dedans, il peut s’agir de journalistes-entrepreneurs qui vont sortir des informations, ce peut être aussi des blogueurs.
Comment ce nouvel écosystème, en formation, se poursuit ? Cela passe par du journalisme entrepreunarial mais aussi par le financement des blogueurs, parce que certains font un vrai travail d’éclairage tous les jours, et parfois d’information.

En quoi le journaliste-entrepreneur se différencie du free-lance ?

Philippe Couve : À un moment, il faut assumer le risque économique de ce qu’on monte, ça change fondamentalement la perspective.

Benoît Raphaël : Le journaliste ne doit pas non plus être tout le temps devant le chiffre d’affaires qu’il ramène.

Philippe Couve : C’est ta contrainte, mais c’est aussi ta liberté. Quand on entend sans cesse “non, on n’a pas les moyens de faire ça ” et que tu te retrouves dans ton coin et qu’on te dit “débrouille toi avec rien”, tu réponds, “file moi les comptes, on va peut-être arbitrer”.

Benoît Raphaël : C’est comme une maison d’édition qui va financer des best-sellers pour financer d’autres choses qui correspondent aussi à ses valeurs, et ce n’est pas bête de procéder ainsi. Le problème, c’est que l’information s’est fragmentée, ce qui détruit ce modèle, et que du média compacté et du package, tu arrives sur un réseau, c’est au journaliste d’arriver à s’organiser ou d’organiser des réseaux qui permettent peut-être de trouver ces équilibres-là.

Comment portez-vous concrètement votre projet ?

Philippe Couve : Aujourd’hui, je suis en préavis après avoir quitter RFI et je suis une formation de créateur d’entreprise dont je rends compte sur www.journaliste-entrepreneur.com et qui va me conduire à créer ma société. Dans quels délais ? Je l’ignore encore.
Benoît Raphaël : C’est des rencontres et du travail.
Sylvain Lapoix : Pareil !

La crise des médias est-elle une opportunité ?

Philippe Couve : La crise des médias, comme toute crise, n’est ni bonne, ni mauvaise. Elle est mauvaise pour l’ordre ancien et bonne pour le nouvel équilibre qui sera trouvé. Du point de vue des individus, elle permet de rebattre les cartes. Il y aura ceux qui resteront prisonniers de l’ordre ancien, ceux qui parviendront à s’adapter et ceux qui participeront à l’établissement des règles du nouvel équilibre.
C’est comme avant. Il y a ceux qui ne s’en sortent pas, ceux qui surnagent et ceux qui prospèrent. La différence, c’est que la crise offre l’opportunité de changer de catégorie.

Quels conseils donneriez-vous à une journaliste qui souhaite être à son compte ?

Benoît Raphaël : Bosser dans une rédaction, c’est une aventure extraordinaire, tu apprends beaucoup, il faut passer par là. Ce n’est pas forcément une rédaction traditionnelle, on peut être journaliste-entrepreneur en réseau, dans une rédaction. Le média, même s’il est fragmenté aujourd’hui, même s’il est en réseau, c’est une aventure qui est humaine avant tout.

Maintenant, j’ai la chance de pouvoir choisir entre différentes voies. À ce stade de mon évolution, je n’ai pas spécialement envie d’être journaliste-entrepreneur au sens où nous l’avons évoqué car cela ne veut pas dire grand chose pour moi : je suis avant tout un homme de projets, ce qui me passionne, c’est de faire avancer les choses. Nous avons été iconoclastes et défricheur au Post, provoquant le débat , et cela me permet aujourd’hui de continuer à être légitime dans ce domaine. Maintenant j’ai envie de travailler sur des médias qui font avancer les idées. Je me vois plutôt comme un journaliste, en tout cas un professionnel de l’information aujourd’hui, qui dans le domaine de l’information digitale, va essayer de continuer de construire.
Je pense que les vieux médias n’ont pas la solution, c’est très difficile de faire bouger les choses dans un grand groupe, j’ai envie de le faire ailleurs, pour voir, pour avancer plus vite. J’ai essayé de le faire dans un grand média, c’est très compliqué, même si c’est passionnant. J’ai plutôt envie de partir sur une aventure humaine.

Sylvain Lapoix : Je suis d’accord avec Benoît et Philippe, il faut passer par une rédaction, pour voir ce qu’il y à faire et comment ça fonctionne, d’un point de vue humain, entrepreunarial. Avant de démonter une voiture pour la remonter, il faut savoir comment elle est faite avant.
Un conseil que je donnerais à tous mes étudiants en journalisme : écrivez, sur un blog, sur Twitter, n’importe où, mais écrivez, apprenez à communiquer avec les autres, ayez une culture de l’échange, discutez, pour apprendre à parler avec les autres et à leur faire comprendre des idées, et après intéressez-vous à la technique.

une-rencontre

Il est impossible (légalement) d’être journaliste et auto-entrepreneur. Dans un contexte de mutation, si l’on veut être un journaliste-entrepreneur, au sens “mettre en pratique ces idées innovantes”, et sauf à disposer d’un beau matelas d’économies, ce qui est rarement le cas d’un junior, c’est pourtant une solution qui semble logique. “Il y aura sans doutes moitié moins de cartes de presse d’ici cinq ans.” a prédit au cours de la discussion Philippe Couve. Tout à fait d’accord. Et qu’en parallèle une armée de journaliste auto-entrepreneur – d’autojournalistes entreprenants ? – se lève et construise l’écosystème de l’information de demain ne nous surprendrait guère ; nous n’aspirons d’ailleurs pas à moins /-)

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Médiamétrie, les docteurs Mabuse de l’audience dans le collimateur http://owni.fr/2010/03/01/mediametrie-les-docteurs-mabuse-de-l%e2%80%99audience-dans-le-collimateur/ http://owni.fr/2010/03/01/mediametrie-les-docteurs-mabuse-de-l%e2%80%99audience-dans-le-collimateur/#comments Mon, 01 Mar 2010 15:21:24 +0000 Emmanuel Torregano (électron libre) http://owni.fr/?p=9237 arton624

La mesure de l’internet est loin encore de faire l’unanimité. Médiamétrie a durci sa méthode dernièrement. L’institut prépare aussi une révolution avec des audiences de la radio mesurées par un enregistreur automatique en 2011.

La mesure d’audience, c’est le nerf de la guerre entre les médias. Ces derniers ne sont pas tous logés à la même enseigne, loin de là. Entre la télévision, la radio, la presse ou l’internet, rien n’est égal, et les mesures sont soit précises, soit fantaisistes, voir carrément mensongères. Depuis déjà longtemps les soupçons sur la méthodologie utilisée pour mesurer les chaînes de télévisions par Médiamétrie ont disparu, et la bataille se fait principalement sur le terrain des programmes. Il n’en est pas de même pour la radio, mais surtout de l’internet. Pour le premier, les audiences sont évaluées à partir de sondages téléphoniques, alors que l’internet requiert l’utilisation de mouchards.

Les raisons qui expliquent ces différences de traitement n’ont rien à voir entre elles. D’un côté, la radio ne s’est jamais entendu pour passer au niveau supérieur : l’utilisation d’un appareil portatif qui enregistrerait l’environnement sonore. Tandis que l’internet est un média jeune, et Médiamétrie continue d’améliorer chaque mois ses méthodes en association avec Nielsen. Ne parlons même pas de la presse, dont les seuls chiffres disponibles sont déclaratifs, et malgré la certification de l’OJD, ils n’ont qu’une fonction d’affichage, mais guère plus.

Cela dit, et en attendant une mesure unifiée des médias, sur des critères comparables, les prochaines évolutions planifiées par Médiamétrie vont très certainement représenter un virage important, et permettre d’améliorer sensiblement leur fiabilité. Ainsi l’étude Nielsen NetRatings sur l’internet a subi depuis juillet des modifications drastiques. Les résultats ne se sont pas faits attendre, et dès le mois de novembre certains des sites mesurés ont montré une fâcheuse tendance baissière, signe que pour eux, l’audience était aussi largement gonflée aux stéroïdes.

Ces dégringolades sont nuisibles à plus d’un titre pour l’ensemble du marché. Les envolées de TF1.fr, LeFigaro.fr ou NRJ.fr sont toxiques. Elles mettent le doute dans l’esprit des annonceurs, et perpétuent une vision mafieuse des mesures pratiquées par Médiamétrie. Avec comme conséquence plus inquiétante encore, une baisse des revenus publicitaires sur l’ensemble du marché. Un long travail est certainement nécessaire dès à présent pour regagner la confiance. Et comme toujours, cela passera par un consensus des éditeurs de sites pour travailler dans la même direction. C’est le sens du dernier message de Médiamétrie expliquant par le détail les dernières modifications introduites à partir de novembre dernier dans la méthodologie du Nielsen NetRating.

Atypique

En voici quelques extraits :

« En avril 2009, Médiamétrie a mis au point une méthode d’exclusion de ces panélistes. Si elle a permis d’améliorer la situation, elle restait perfectible, d’autant que son efficacité s’est dégradée au fil des mois »

- comprenez que les vilaines combines mises en place pour attirer de l’internaute n’avaient pas abdiqué, et que les digues bâties par Médiamétrie pour exclure les internautes au « comportement atypique » avaient été submergées, une fois de plus.

Il s’agit essentiellement d’internautes répondant massivement aux mailing de jeux concours, et qu’il devient très aisé d’attirer sur un site, pour en augmenter artificiellement l’audience. Le lien entre l’internaute captif et la matière traitée sur le site n’a alors plus aucun rapport, si ce n’est que le passage du premier est comptabilisé par Médiamétrie. Bref, il fallait sévir, et une fois le coup de balai passé, Médiamétrie affirme qu’« ainsi, d’un mois à l’autre, on compte une base d’exclusion commune de près de 70%, contre 35% avec l’ancienne méthode ».

La différence se ressent, puisque le site du Figaro, qui pédalait très largement devant ses concurrents, maillot à pois sur les épaules, a d’un coup perdu 20% de son audience pour finir par être rattrapé par le premier peloton.

Alors où se situe la véritable audience de ces sites ? Est ce que le Monde, le Figaro réunissent véritablement entre 5 et 6 millions d’internautes par mois – le Figaro a d’ailleurs communiqué sur une audience de 6 millions en janvier ? La vérité est certainement en-dessous. Comme on l’a vu, il suffit que Médiamétrie évince les internautes « atypiques » pour que les audiences baissent instantanément dans le NetRatings suivant. Il est aussi certain que cette lutte de l’épée contre le bouclier est loin d’être terminée. Comme cela se voit dans le sport de haut niveau, les docteurs Mabuse ont toujours quelques coups de Jarnac d’avance.

On peut donc estimer que l’audience actuelle de ces sites est encore gonflée de 20 à 30%, sans trop de crainte de se tromper. Cependant, les pratiques ne sont pas les mêmes selon les sites. Et si le Figaro est un Pantani reconnu du Web, Le Monde n’a pas usé des mêmes méthodes. Alors que les audiences d’un site comme NRJ, ou celui de TF1 par exemple montrent des profils assez variables. La Une affiche pour janvier 8,679 millions de visiteurs uniques – Overblog n’étant plus compté, plus question d’annoncer 15 millions de Vu comme par le passé. Pour le coup, TF1.fr est en passe de perdre sa place dans la sacro-saint Top 30 du Nielsen NetRatings. Une descente que les services concernés expliquent par la sortie du périmètre de mesure de plusieurs sites.

La mesure d’internet est encore convalescente, mais celle de la radio est aussi un cas particulier sur lequel il n’est jamais inutile de se pencher à nouveau. Les audiences sont obtenues par Médiamétrie après moulinage des chiffres bruts découlant d’une enquête téléphonique menée sur 126 000 personnes tout au long de l’année. Ce procédé relativement efficace pour ce qui est des grosses radios, celles qui drainent le plus d’audience n’est pas très précis dans les autres cas. Notamment parce que les personnes interrogées se souvient en premier des marques fortes, comme RTL, Europe 1 ou France Inter. Il est très difficile pour une station nouvelle de se faire une place. Ce phénomène se traduit par une prime d’audience aux médias installés de longue date dans les résultats communiqués par Médiamétrie. Cette méthode possède aussi d’autres défauts importants, mais elle a un vrai gros atout : elle prouve que l’auditeur a écouté la station, qu’il en a gardé un souvenir même si parfois, il se trompe de bonne foi sur le nom.

Agenda

Or depuis près de 15 ans, Médiamétrie et les membres du collège radio s’interrogent sur l’opportunité de passer à une mesure automatique de l’audience. En 1995 une première batterie de tests avaient été menée, mais rapidement arrêtée. En fait, l’utilisation d’un petit boitier qui enregistrait tous les sons posait des problèmes, car les cobayes ne le gardaient pas tout au long de la journée sur eux. Une société suisse proposait aussi une montre avec les mêmes capacités d’enregistrement, mais tout le monde ne porte pas de montre… Bref, les expériences ont été stoppées jusqu’en 2005. Sans que les nouveaux essais n’aient démontré un mieux.

Il fallait reprendre à zéro et c’est bien ce que compte faire Médiamétrie et les acteurs de la radio en France. Une série de réunions a eu lieu depuis quelques semaines, la prochaine étant prévue pour dans une quinzaine de jours. Aucune solution n’est écartée, ni même pour Médiamétrie de concevoir de A à Z un procédé de mesure automatique du champ sonore des auditeurs témoins. Un agenda a été décidé. L’année en cours permettra de définir le cahier des charges de cette nouvelle mesure. Tandis que les premiers essais sont prévus pour 2011 en région parisienne. Ensuite, seulement les radios décideront de valider ou non la méthodologie.

Les enjeux ne sont pas minces. D’après certaines études, une mesure de ce type, adossée à un enregistrement automatique des sons, comparés ensuite à une base de données pour identifier les programmes avec précisions, entrainerait des variations de plus ou moins 20% des audiences par rapport aux sondages téléphoniques. Les éditeurs radiophoniques préfèrent bien sûr ne pas se presser trop, et envisagent aussi de tout arrêter si cela tournait trop vinaigre. Europe 1 empile les études pour connaître les implications de ces mesures automatiques ; NRJ est plutôt favorable ; RTL n’est pas contre ; Skyrock se tâte mais se rangerait plutôt dans le camp des opposés, etc. Cela dit, il faudra pour Médiamétrie dégager un consensus, car au moment de payer pour mettre sur les rails le nouveau système de mesure, c’est aux éditeurs radiophoniques de mettre l’argent sur la table. C’est la règle…

» Article initialement publié sur Électron Libre

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