Monthly Archive for octobre, 2009

Les cousins de province twittent aussi

Non, Twitter n’est pas réservé à un petit cercle journalistique parisiano-parisien. Et il n’est pas nécessaire d’avoir un gros potentiel d’audience pour tirer partie d’un compte pro. Les “bouseux” de la presse locale s’y sont aussi mis, et c’est tant mieux. En juin, on nous a créé des comptes pour les quatre titres du groupe Centrefrance. Aux journalistes responsables du web de gérer comme ils l’entendent.

Honnêtement, dans un premier temps, j’ai considéré la nouveauté d’un oeil circonspect. Dans le Berry, les twitteurs se comptaient alors sur les doigts de la main d’un menuisier en fin de carrière, à quoi bon ? En même temps, c’était là, autant y jeter un coup d’oeil. Quelques mois après, je suis revenue sur cet a priori.
Avant de l’investir vraiment, j’ai d’abord passé un p’tit coup de fil au marketing pour qu’ils habillent la page aux couleurs du groupe. Ils ont aussi la bonne idée de faire un lien en homepage du site, comme pour notre page fan Facebook. Soit dit en passant, j’ai vu des tweets passer lorsque Le Monde a fait la même chose, quelques semaines après nous…

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Être présent sur ce réseau, c’est déjà bon pour l’image : nous utilisons les nouveaux canaux de diffusion. Mais en soi, brancher les tuyaux n’apporte pas de plus-value par rapport à un simple fil RSS.
Pour avoir la possibilité de rendre plus vivant l’outil, il faut déjà remplir la cage aux oiseaux, à notre modeste échelle berrichonne. Certains internautes viennent d’eux-mêmes, d’autres sont attrapés d’un coup de filet magique appelé “follow”. Neuf fois sur dix, le following devient follower. Il y a aussi la classique tactique qui consiste à voir ceux qui suivent les followers de @leberry_fr, ce sont des clients potentiels.
Autre stratégie, la fonction “nearby” sur l’Iphone, qui fonctionne par géolocalisation. Il faut juste éliminer les Allemands et les Hollandais de passage à Bourges et qui ont tweeté sur les charmes de la cathédrale. Ils se repèrent à leur langue étrange.
A l’heure actuelle, une cinquantaine de personnes nous suivent, des particuliers, des entreprises. Soit dit en passant, la génération Y est quasiment absente, rien d’étonnant.
L’avantage d’en avoir peu, c’est que je les connais comme si je les avais pondus ces petits oiseaux. Chaque profil est examiné avec soin. Je les suis, pour la plupart. Au début, je me suis demandée s’il fallait le faire. Certains journaux le font, d’autres oui. Personnellement, ça me semble un retour au vieux fonctionnement cloisonné : d’un côté le lecteur, de l’autre le journal. C’est aussi se priver de sujets potentiels. J’ai ainsi dégoté un expatrié québécois qui fera les délices de ma rubrique “Expatriés berrichons”. Une dénommée Anne-Blanche fait des râteaux… bio. Manque de bol, elle est dans la Creuse, bah pas grave la Creuse, c’est couvert par La Montagne, je leur fais suivre. Un nouveau blog a aussi été repéré ainsi. Un tweet clash politique, le premier, a carrément fini en débat IRL.
Bonne surprise, un follower nous a aussi suggéré une idée de sujet :

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L’info a été retransmise et le gentil twittos remercié bien sûr :-)

On peut aussi s’en servir comme d’un fil de breaking news, sans renvoi vers le site, en attendant l’article. Très pratique en reportage : “L’Allemand André Greipel, du team Columbia, vainqueur du Paris-Gien-Bourges.” Je songe à faire passer mon forfait Iphone en note de frais…
C’est également un support supplémentaire pour les appels à témoin.
Dans les projets à réaliser, il y a le live-blogging d’un conseil municipal, là je me suis fait griller par La Nouvelle République, qui s’est livrée vendredi à l’exercice dans un ultime baroud d’honneur numérique.

J’attends aussi avec impatience notre affaire Courjault berrichonne… Chanceuse Chantal de La Nounou ;-)
Il m’a semblé utile aussi de signaler les nouveautés dans la twittosphere berrichonne

: l’arrivée d’un politique local connu, un tweet-clash justement, l’initiative de deux conseillers municipaux de Bourges qui ont twitté le CM. Pour l’anecdote, ça n’a pas duré longtemps, l’opposition a quitté la salle au bout de cinq minutes, une sortie retranscrite en direct évidemment.
Je m’attache aussi à essayer de créer un petit dialogue avec nos followers : remercier les nouveaux followers, ceux qui RT nos articles, ou nous incluent dans leur #FF,  souhaiter un bon week-end au passage…

Bien sûr, une des plus grands plaisirs, c’est de voir un article retweeté. Le premier RT m’a mis la larme à l’oeil. Il venait de @maopapa, aka Yves Loiseau dans la vraie vie son nom doit dire quelque chose à certains… Ancien journaliste, utilisateur régulier de Twitter, il possède une résidence secondaire près de Sancerre. De son jardin, entre deux tweets sur l’Afrique ou l’écologie, il lui arrive de faire circuler une de nos infos. Mais ils sont encore rares dans ce cas-là ;-(
Les fausses joies, évidemment, c’est quand je compte un follower de plus, qui se revèle être Jessica2289, if you want to see sexy photos…

Tout ça bien sûr, c’est très empirique, comme Facebook, j’apprends sur le tas à en faire un usage professionnel. Durant ma formation à l’IPJ, en 2005-2007, le programme ne comprenait pas de cours sur les réseaux sociaux. A cette époque déjà lointaine en terme de journalisme web, la fonction de community manager n’émergeait pas encore. Depuis, les choses ont évolué, je referais bien un tour sur les bancs…

J’attends avec impatience l’arrivée de la traduction française de Twitter, espérant un boom du nombre d’utilisateurs, comme sur Facebook lorsque l’opération similaire a été effectuée.

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La NR est par terre, c’est la faute à…

Internet bien sûr. Mais avant de causer frilosité numérique, la moindre des choses, c’est de saluer une rédaction présente dans le département depuis plus de soixante ans. Désormais, la presse “historique” se réduit dans le Cher à un seul journal, Le Berry républicain et son site Internet. Hier, l’édition du Cher de La Nouvelle République a fermé (elle connaît un “sursis” d’un mois sur le Net, j’en avais parlé dans un précédent billet). Cette décision entre dans le cadre d’un plan social prévoyant 181 licenciements pour raisons financière, annoncé cet été.

Dans le contexte actuel de la PQR, travailler avec des “rivaux” est devenu un luxe rare, réservé à 21 départements. Oui, un luxe. Car s’il est certains secteurs de l’économie où l’on peut se réjouir de voir disparaître un concurrent, dans le cas de la presse, c’est aussi bon signe qu’une tache brune sur un poumon de fumeur. Un journal n’est pas un pot de yaourt. Dans ce métier, la concurrence est saine, source d’émulation. “Mettre un râteau à La NR“, c’était bien démarrer sa journée. S’en prendre un, une incitation à se bouger les fesses pour faire oublier le ratage.
Sur le web, fini les embargo à respecter pour les faits divers. Car nos collègues de La Nounou étaient de nos internautes les plus fidèles, guettant l’info qu’ils n’auraient pas.

Mais revenons-en au sujet de ce billet, Internet comme bouc émissaire fort pratique, une fois de plus. Comme si la PQR, déjà, avait attendu de lancer ses sites pour entamer son lent déclin… Mais passons. Florilège.  “Tu vois, La NR a perdu 25.000 journaux depuis qu’ils ont mis tout leur journal en ligne.”"On se tire une balle dans le pied en mettant les articles en intégralité.” J’arrête-là, sinon c’est direct la plaquette de Temesta (pour calmer mes nerfs, s’entend ;-) )

Ben oui, et les vendeurs d’attelage ont aussi perdu plein de vente lorsque la voiture est arrivée, et leur sort n’est pas allée en s’arrangeant. Certaines personnes ont d’abord eu peur en voyant débarquer les autos sur leurs routes. Cette invention du diable faisait du bruit, puait et allait vite. Internet ne pue pas, sauf quand un insecte grille dans la tour, Internet ne fait pas de bruit, hormis le ronron du ventilateur, en revanche, Internet va vite. Rapidité de la circulation de l’information et surtout de la croissance du lectorat.

Que le business model de la PQR sur le web n’ait pas émergé est un fait. Ce n’est pas une raison pour ne pas investir dedans puisque, de fait, les lecteurs migrent dessus et avec eux la publicité. La génération Y, bien sûr. L’autre jour, des lycéens que j’interrogeais sur leur webzine m’ont dit, un peu gênés : “On ne lit pas votre journal. “Je m’en doutais… ;-)”. Les jeunes s’informent oui, mais sur Internet. C’est à la PQR d’aller les chercher là où ils sont naturellement. Cela ne va pas non plus sans une réflexion de fond sur les contenus qu’on leur propose, comme le souligne ce mémoire en sciences de l’information et de la communication d’Aude Rouger, Les jeunes et la (non-)lecture de la presse quotidienne régionale.

Quant à la génération X, elle s’est mise aussi à remuer la souris pour s’informer. Et même l’équation retraité = handicapé du mulot va devenir de plus en plus fausse dans la mesure où les cohortes de baby-boomers sur le départ ont utilisé Internet au boulot.
Ce constat d’un besoin de financement utile et nécessaire n’a rien de nouveau, une étude de 2006 menée par Précepta (groupe Xerfi) arrivait déjà à cette conclusion :

“La profession est en fait confrontée à trois grands défis d’avenir (…)

3-Se positionner sur les médias électroniques. Ce virage est vital : non seulement il convient d’accompagner les lecteurs sur les nouveaux supports d’information mais aussi de séduire la génération des “screenagers”, qui n’a manifestement pas d’affinités avec la presse papier. Plus encore, il s’agit de prendre des positions fortes sur un média, vers lequel les petites annonces - l’un des marchés-clés de la PQR-, et plus timidement la publicité commerciale, commencent à migrer. (…)

De plus, contrairement à l’imprimé, le besoin de renouvellement technique est aussi beaucoup plus fréquent. Un site se périme plus vite qu’une maquette papier : outils, pratiques, maquette… Pour revenir à La NR, l’erreur en l’occurrence a été de ne proposer qu’un copié-collé du print, sans le penser comme un média à part entière, et de ne pas le faire évoluer.

A fortiori maintenant, la PQR doit donc mettre non des billes, comme elle le fait, mais des calots, tant que les reins sont encore assez solides. Il faut courir deux lièvres à la fois, sans doute investir sans rentabilité immédiate dans un premier temps.

Cet engagement sur le Net implique d’adopter le cours rapide de son évolution. De rompre avec les habitudes de diesel ronronnant de la PQR.

Sinon, le danger (?, tant qu’y de l’info, y a d’la démocratie…) pourrait plutôt venir de pure players souples et réactifs, lancés, c’est une hypothèse, par des journalistes issus du print décidés à prendre leur sort en main.

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